Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/713

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des inspecteurs scolaires laïques. Une conférence de pédagogues et d’hommes politiques, réunie et présidée par Falk, élaborait, dans ce même mois de juin, des réformes scolaires qui bientôt marqueraient un nouveau desserrement des liens entre l’école et les Eglises ; Kleist Retzow, qui assistait à ces conférences, prodiguait aux rares catholiques que Falk y avait appelés des poignées de main cordiales, et criait aux partisans de l’école non confessionnelle : « Je marche avec ces hommes-là plutôt qu’avec vous. » C’est que Kleist Retzow, représentant de l’orthodoxie protestante, sentait monter comme une vague, à l’assaut des écoles, un certain esprit de négation ; on racontait déjà que, dans la Prusse orientale, une municipalité zélée prétendait, de la façade d’un bâtiment scolaire, faire disparaître la croix. Et sans doute l’Etat s’y opposait ; mais l’Etat, poussé par une certaine logique et cerné par une certaine gauche, garderait-il toujours sa pleine possession de lui-même ? L’État souverain demeurerait-il libre, — libre vis-à-vis des partis de gouvernement ?

On ne se posait pas encore ces questions, en juin 1872. La Gazette de Spener, où Bismarck glissait les articles qu’il voulait faire lire par l’Empereur avant le petit déjeuner du matin, soulignait la portée du conflit terrible qui dès lors mettait aux prises « la plus nouvelle des créations européennes et la plus ancienne de toutes. » Elle prévoyait qu’il serait long, mêlé d’alternatives et dangereux, et que la France peut-être en profiterait. Ce conflit, d’ailleurs, avait été voulu par la France ; c’est elle qui dominait au Vatican, et la domination française, avant de mourir, avait lancé à l’Allemagne cette flèche empoisonnée. Mais dans sa lutte pour la liberté intellectuelle et pour la santé morale de la nation, l’Allemagne vaincrait. Elle lutterait jusqu’au bout ; car autrement, continuait la Gazette, « il vaudrait mieux nous mettre tout de suite sous le joug, demander pardon, et tâcher d’en être quitte pour une légère pénitence. Quand on se bat contre Rome, il faut jeter au loin le fourreau de son épée. »

« Soit, répliquait la Germania, jetez votre fourreau, nous sommes prêts à parer vos coups. »

Les Grenzboten, cherchant avec cupidité toutes les dettes de Rome envers l’Allemagne, revendiquaient déjà comme rançon, pour le lendemain de la guerre, les manuscrits et les livres dont le prince électeur Maximilien Ier avait disposé en faveur de la Bibliothèque vaticane. En mobilisant pour une campagne ses