Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/716

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Il s’agissait de l’arrestation du financier Rochette dont le procès, à peine entamé, est resté un moment suspendu à un incident d’audience imprévu. Après l’audition de quelques témoins, le défenseur de Rochette a demandé un supplément d’instruction, que le tribunal lui a refusé. L’avocat a déclaré aussitôt qu’on lui rendait la défense impossible et que, dans ces conditions, il y renonçait : effectivement il a quitté le prétoire. Que résultait-il donc des dépositions qui venaient d’être faites ? Il en résultait que la Préfecture de police, usant d’un droit que la loi lui donne, s’était activement occupée de l’affaire Rochette et s’était mise à la recherche d’un plaignant pour mettre le parquet en mesure de poursuivre. Des plaintes nombreuses lui étaient venues sur les opérations de Rochette, qui s’était adressé à la petite épargne et opérait sur elle le drainage le plus dangereux ; des plaintes du même genre avaient été adressées au parquet et éveillé chez lui les mêmes préoccupations ; mais, en l’absence d’une plainte régulière, il n’avait pas cru pouvoir poursuivre et s’était borné à proposer une enquête discrète, secrète, à faire à l’amiable sur les livres du financier. Les choses en étaient là lorsque la Préfecture de police les a brusquées en provoquant une plainte. Nous nous bornons, pour le moment, à exposer les faits tels qu’ils résultent des dépositions déjà entendues par le tribunal et par la Commission.

La principale de ces dépositions a été celle de M. Prévet, ancien sénateur, directeur du Petit Journal. Nos lecteurs le connaissent bien, car nous avons eu, à diverses reprises, l’occasion de parler du courage et dataient avec lesquels, à la tribune du Luxembourg, il a défendu les plus sains principes d’économie politique et de finance, et nous n’avons pas besoin de dire qu’il ne l’a pas fait sans s’attirer de très vives hostilités. M. Prévet a raconté que le Petit Journal, en pleine prospérité, a été l’objet d’une campagne de calomnies : ses actionnaires ont reçu une circulaire qui leur annonçait leur ruine prochaine. Ne sachant pas par qui cette campagne était dirigée, M. Prévet a déposé une plainte contre X…, contre inconnu, laissant à l’instruction le soin de découvrir le coupable. Il a reçu alors la visite d’un financier nommé Gaudrion qui lui a offert de lui fournir des armes contre M. Rochette ; mais M. Prévet, ne connaissant ni Rochette, ni Gaudrion, n’a pas accepté l’offre de celui-ci et l’a renvoyé au juge d’instruction. Quelques jours plus tard, il a reçu une visite plus importante : c’était celle de M. Yves Durand, chef de cabinet de M. le préfet de police, qui venait aussi lui parler de Rochette. M. Prévet a répondu qu’il n’avait rien à dire sur le financier, mais il a fait part à M. Yves Durand de la