Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/721

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à toutes les convenances du nommer une commission d’enquête parlementaire pour agir parallèlement à un tribunal qui a déjà commencé le jugement d’un procès ? Quoi qu’on fasse pour éviter cet inconvénient, il y a là un véritable conflit, ou plutôt une inévitable confusion de pouvoirs, et il est fâcheux que la Chambre nouvelle ait commencé sa carrière en créant cette confusion. Que la commission d’enquête soit résolue à respecter, à côté de la sienne, l’indépendance de la magistrature, nous voulons le croire ; mais elle n’y réussira que partiellement, et, quand même elle y réussirait tout à fait, les apparences seraient contraires. L’acte de la Chambre est, dans une certaine mesure, un acte de dessaisissement, et les actes de ce genre ont eu et auront toujours un triste renom dans l’histoire. On verra donc côte à côte un tribunal jugeant l’affaire Rochette et une commission, qui sans doute n’aura pas la prétention de juger cette affaire elle-même, mais qui se fera rendre compte de la procédure suivie pour l’introduire et qui jugera à son tour, ou appréciera cette procédure. Quoi de plus incorrect ? Quoi de plus dangereux ?

Il peut y avoir, en dehors des responsabilités judiciaires, des responsabilités morales, politiques, administratives engagées dans l’affaire, et la Chambre a sans doute le droit de les rechercher ; mais pourquoi n’a-t-elle pas attendu que le procès Rochette fût terminé ? Il est vrai qu’elle aurait dû attendre assez longtemps, car il est probable que le jugement sera frappé d’appel. Qu’importe ? Elle aurait eu son heure. Si, dans le cours du procès, des incorrections avaient apparu, des fautes avaient été relevées, même alors la Chambre aurait dû, avant d’agir elle-même, laisser au gouvernement le temps de le faire ; si un ou plusieurs de ses agens avaient failli, c’était à lui tout le premier à appliquer les sanctions nécessaires ; alors la distinction des divers pouvoirs aurait été respectée, et, le moment venu, la Chambre aurait toujours pu se faire rendre compte de la manière dont chacun aurait rempli son devoir. Au lieu de cela, tout a été confondu. La Chambre est intervenue comme si elle était souveraine. Elle n’a pas attendu que le pouvoir judiciaire eût rendu son jugement ou son arrêt. Elle n’a pas laissé au gouvernement le soin, une fois le procès terminé, d’user à leur égard de son autorité disciplinaire. Elle a semblé dire : Moi seule et c’est assez ! Moi seule, assistée de M. Jaurès, ai assez de vertu pour certifier celle des autres ou pour en constater le défaut ! — M. Jaurès sera difficile s’il n’est pas satisfait de ce résultat. Si ce n’est pas plus qu’il pouvait désirer, c’est plus qu’il ne pouvait espérer ; et, assurément, ce n’est ni lui, ni son