Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/899

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


C’était une réédition, presque aggravée, des instructions iconoclastiques prêchées inutilement autrefois par saint Bernard. C’était, si l’on s’y soumettait, la dévastation et la dégradation, par un pieux vandalisme, de tous les sanctuaires d’Italie, remplis, depuis des siècles, d’orfèvreries, d’autels, de tabernacles, de chaires sculptées, de mosaïques et de fresques. C’était entrer en lutte violente avec l’essor général du goût populaire, réveillé et surexcité par l’enthousiasme des Franciscains, la curiosité des Humanistes, l’activité, des sculpteurs pisans, des mosaïstes romains et florentins, qui, tous, affirmaient un amour irrésistible et croissant, pour les créations de la nature et les manifestations de la vie, pour la vérité et la beauté et pour leur expression par la poésie et par les arts. Les mœurs, comme toujours, furent, cette fois encore, plus fortes que les lois. Ces règlemens draconiens furent, peut-être, appliqués, çà et là, dans quelques pays du Nord ; ils restèrent lettre morte en Italie. Saint François lui-même, par son tempérament de poète, de peintre, de musicien, par ses visions pittoresques, par ses prédications en paraboles vivantes et colorées, par son respect et sa tendresse pour les images du Christ et de la Vierge, avait trop bien, d’avance, encouragé l’exaltation imaginative de ses compatriotes pour que la grande masse des fidèles lui crût désobéir en se montrant moins sensible que lui aux interprétations humaines de la bonté et de la beauté divine.

Dès cette année même, à Bologne, près de l’église San Francesco, imitation de la Basilique d’Assise, qui allait devenir, à son tour, un modèle pour la Haute Italie, on élève, en violation de l’édit, un clocher isolé. Dans les nefs d’Assise même, les travaux des peintres de Pise, de Rome, de Florence, qui en faisaient les premiers foyers de l’art nouveau, ne semblent pas interrompus. Le courant d’émancipation morale et intellectuelle, d’ambitions constructives et décoratives, est trop fort pour qu’on y puisse résister. L’émulation, avec la prospérité et les passions, grandit même à ce sujet, chaque jour, entre les communes rivales et jalouses, leurs démocraties turbulentes ou leurs seigneuries aristocratiques. Les nécessités politiques de popularité se joignent à la prodigieuse multiplication des fondations franciscaines et dominicaines pour accélérer, le mouvement. Guelfes et Gibelins, nobles et bourgeois, juristes et commerçans, peuple gras et peuple maigre, noirs et blancs,