Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/961

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prennent leurs dispositions pour le faire, si l’éventualité leur en est imposée. Elles semblent dire aux autres : N’y touchez pas. Et il est hors de doute que la supériorité de leurs intérêts et de leurs sacrifices leur donne plus de droits en Mandchourie que nul autre n’en peut revendiquer.

Lorsqu’elle a été connue, la convention russo-japonaise a provoqué partout une impression très vive, qui toutefois n’a pas été la même partout. Il ne pouvait être indifférent à personne que les deux pays, ayant mis un point final à leurs querelles dans une partie du monde, recouvrassent leur complète liberté d’action dans les autres. Les victoires du Japon, quelque grandes qu’elles aient été, ne lui permettaient pas de compléter son action politique et d’en réaliser tous les résultats, même en Extrême-Orient, avant d’être libéré de toutes les préoccupations qui pouvaient encore lui venir du côté de la Russie. Cela est vrai, par exemple, en ce qui concerne la Corée. Quant à la Russie, il est bien inutile de répéter que la guerre qu’elle a imprudemment provoquée a été une faute dont elle n’a pas été seule à subir les conséquences. Son effacement provisoire en Europe a fâcheusement influé sur elle, et sur d’autres encore ; toute la politique européenne de ces dernières années s’en est ressentie et y trouve son explication. Les difficultés marocaines avec lesquelles nous avons été aux prises viennent de là, au moins en grande partie, et de là aussi est venue la hardiesse avec laquelle l’Autriche, saisissant le moment propice, a prétendu régler unilatéralement et proprio motu une question qui était de la compétence et du domaine de l’Europe entière. Il en est résulté un trouble profond et qui a risqué de le devenir davantage. La situation respective des puissances, telle qu’elle existait à ce moment, est sensiblement modifiée par l’accord de la Russie et du Japon et par la liberté qu’elles reconquièrent. Les conséquences n’en seront pas immédiates, mais comme elles sont certaines, elles ont été en quelque sorte escomptées tout de suite. En Allemagne surtout. Nous ne parlons pas du gouvernement impérial qui a gardé tout son sang-froid ; mais, si on en juge par le langage de la presse, l’opinion a quelque peu perdu le sien et il lui a fallu plusieurs jours pour le retrouver : nous ne sommes même pas bien sûr qu’elle y soit tout à fait parvenue. Certains journaux ont annoncé sérieusement que l’Angleterre était particulièrement et gravement visée dans la combinaison nouvelle. Le Japon, affranchi de toute préoccupation du côté russe, ne renouvellerait pas, disaient-ils, son traité avec l’Angleterre, et celle-ci se trouverait si affaiblie qu’un journal lui