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hasardeux ; mais peut-être ne se rendent-ils pas assez compte de certaines conséquences de la révolution nationaliste qui a donné à la Turquie son nouveau régime. Les Jeunes-Turcs se sont donné la très noble tâche de restaurer le patriotisme ottoman, mais la notion de patrie, corrélative à celle de nation, n’existait pas jusqu’ici dans l’Empire ; un éveil du patriotisme national devait avoir pour conséquence, chez les Turcs qui n’ont jamais connu que le patriotisme religieux, une poussée de panislamisme. Si le mot est d’invention occidentale, l’idée est orientale et musulmane. Le musulman est le frère, le chrétien l’ennemi, le sultan le maître : telle était la conception simpliste que le bon paysan turc se faisait de la vie politique. Il faudra de longues années pour la modifier. Les Jeunes-Turcs feront donc bien de veiller avec soin sur les menées panislamiques que certains agens subalternes voudraient conduire. Au congrès de Salonique, il a été question d’émissaires turcs envoyés auprès des musulmans de l’Inde et du Caucase ; il est certain que, parmi les Algériens établis en Syrie, une active propagande antifrançaise est faite et que des agens ont été envoyés en Algérie. Des relations permanentes sont établies entre certains clubs jeunes-turcs et les sociétés jeunes-égyptiennes. Jusque dans le Sahara, jusqu’aux oasis du Kouar et de Bilma, jusqu’au Kanem et au Ouadaï, nos officiers qui, après tant d’efforts, ont assuré la paix et la sécurité du Sahara, trouvent la trace d’intrigues turques ; à propos du conflit de frontière qui a surgi entre lu Tunisie et la Tripolitaine pour quelques arpens de sable, la presse turque a montré plus d’âpreté que l’objet n’en comportait, et l’obstination du gouvernement à ne pas reconnaître le traité du Bardo ne va pas sans quelque ridicule. On croirait qu’en établissant notre protectorat sur la Tunisie, nous avons spolié la Turquie. Qu’il serait plus beau pour les Jeunes-Turcs, plus conforme à leurs principes, et plus politique en même temps, de s’entendre avec la France pour établir une bonne police sur les nomades sahariens et de collaborer avec elle pour fermer la dernière porte, celle de la Cyrénaïque, par où des esclaves noirs sont encore importés et vendus dans le bassin de la Méditerranée. En Perse, les Turcs ont occupé, sous prétexte d’une contestation de frontières, une partie de l’Azerbaïdjan, l’ancienne Médie Atropatène, dont l’importance, au point de vue des communications entre la Perse, l’Arménie et le Caucase, a toujours été considérable. A ce