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vastes pensées de la presse allemande ? Tout l’échafaudage que son imagination avait construit s’effondrait d’un seul coup. Mais était-ce croyable ? Était-il admissible qu’elle eût été ou qu’elle se fût trompée à ce point ? Au premier étonnement a succédé chez elle un accès d’indignation et de colère auquel nous avons assisté sans mélancolie. Nous pourrions ici faire beaucoup de citations : contentons-nous d’un extrait de la Gazette de Cologne, qui a dit en termes amers, mais relativement modérés, ce que beaucoup d’autres journaux ont répété en termes courroucés et presque injurieux : « On commente très vivement l’information du Novoïé Vremia dans les cercles diplomatiques de Saint-Pétersbourg. On croit voir dans la répétition presque littérale de la déclaration du chancelier au Reichstag, augmentée d’une restriction qui limiterait à l’Asie la portée de cette déclaration, le désir de corriger et d’atténuer celle-ci. Un tel désir a évidemment pour origine les susceptibilités de tiers. On s’en étonne beaucoup, car, ainsi qu’on le sait, les paroles prononcées par le chancelier ont été, au préalable, soumises au gouvernement russe qui les a approuvées. On a d’autant plus le droit de s’étonner de cette crainte de mécontenter un tiers que les paroles du chancelier ont été, dans le monde entier, et avant tout en Russie, bien accueillies par tous les amis de la paix. Elles n’ont pu décevoir que ceux qui avaient gardé jusqu’à présent l’espoir que la politique anti-allemande de certains tiers serait appuyée par la Russie. » Le tiers désigné est la France sans nul doute. Si la note du Novoïé Vremia a produit une telle déception en Allemagne, c’est parce qu’on y avait voulu voir, dans le discours du chancelier, la notification d’un état de choses nouveau déterminé par le déclin de L’alliance franco-russe : or il n’y avait eu rien de pareil, ni dans le discours de M. de Bethmann-Hollweg, ni dans les déclarations de M. Sasonoff. Ce dernier cependant était pris brutalement à partie. On allait voir, ont dit à qui mieux mieux les journaux allemands, s’il était un homme de parole, un homme d’honneur, un homme politique, ou un homme faible et mobile qui subissait successivement toutes les influences sans s’arrêter à aucune. Il recevait de partout des mises en demeure et des sommations. Les choses en étaient là lorsqu’un journal anglais a publié le projet d’arrangement qu’il a soumis au gouvernement de Berlin. La presse allemande, toujours acerbe, a commencé par nier l’authenticité du document ; mais elle a été attestée de tant (de côtés différens. qu’il a bien fallu se rendre à l’évidence. Comme pour donner raison au Novaïé Vremia, le projet ne parle que des chemins de fer d’Asie.