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catholiques pourvoient seuls, ou à peu près seuls, à l’entretien de ces églises d’où on les chassera peut-être demain !

Disons un mot en passant de l’incident qui a provoqué les colères de M. Augagneur. Plusieurs évêques appartenant à la région lyonnaise ont jeté l’interdit sur des journaux nominalement désignés, et cette interdiction est tombée du haut de la chaire. Les églises, demande M. Augagneur, sont-elles faites pour un pareil usage ? Est-il tolérable que les évêques portent atteinte à la diffusion et à la vente des journaux libres penseurs ? En agissant ainsi, ne nuisent-ils pas à une industrie légitime et ne sont-ils pas passibles de dommages-intérêts ? Il est toujours singulier de voir combien ceux qui ont voté avec le plus d’acharnement la loi de séparation ont de la peine à s’habituer à la situation qu’ils ont créée. Les évêques et les curés tenaient autrefois à l’État ; s’ils n’étaient pas des fonctionnaires semblables aux autres, puisqu’ils dépendaient de deux pouvoirs différens, ils l’étaient pourtant à certains égards et ils avaient en conséquence quelques-uns des devoirs des fonctionnaires, qui sont faits de ménagemens et de réserves ; mais ces devoirs, on les en a affranchis le jour où on a déclaré qu’ils étaient désormais des citoyens comme tous les autres, et c’est ce que M. Briand a expliqué à maintes reprises sans avoir encore été bien compris. Il faut nous faire à des mœurs nouvelles, inséparables d’un régime nouveau. Nous ne rechercherons pas pour le moment si les évêques ont agi avec prudence en donnant à la condamnation de plusieurs journaux la publicité qu’ils lui ont donnée ; mais ce qu’ils ont fait, ils avaient certainement le droit de le faire. Eh quoi ! même dans les églises ? demande M. Augagneur. Oui, même dans les églises. La loi de séparation a énuméré les délits qu’il serait interdit de commettre dans ces édifices ; il n’y est pas question des critiques ou même des interdictions lancées contre des journaux ; s’il y a là des délits entraînant des dommages-intérêts, ce sont des délits de droit commun et les journaux lésés peuvent eux-mêmes les poursuivre ; les tribunaux apprécieront, la jurisprudence s’établira. Nous serions curieux de voir s’ouvrir un procès de ce genre. Après les instituteurs, ce seraient les journalistes qui poursuivraient des évêques coupables d’avoir parlé d’eux inconsidérément. Certes, la presse est une grande puissance, mais elle n’est pas encore un État dans l’État, comme tendent à le devenir les instituteurs. Les évêques qui auraient dit du mal de certains journalistes ne pourraient tout de même pas être condamnés pour avoir porté atteinte aux intérêts matériels et moraux de fonctionnaires dans l’exercice de leurs