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Impérieux, le marbre a malgré lui pour frère
Le nuage indécis qu’absorbe le soleil ;
Car, s’il semble d’abord en être le contraire,
Il ne faut que du temps pour qu’il lui soit pareil.

Il expire dans l’air par des formes perdues.
Incorruptible, il crut pouvoir tout mépriser,
Mais il n’est, sous l’assaut des heures assidues,
Qu’un nuage qui met des siècles à s’user.

Le temps lèse la pierre et nourrit la racine ;
Le feuillage est toujours plus dense et plus obscur ;
La vigne vierge éclate auprès de la glycine
Comme un fol incendie appliqué sur le mur.

Par la ronce, partout, les portes sont masquées ;
Le portique en ruine est épars dans les bois,
Et le ciel pâle sur ses colonnes tronquées
Pose ironiquement sa coupole sans poids.

L’herbe pousse ; et tandis qu’une douceur navrante
Subsiste seule encor des anciennes amours,
L’eau, rongeant les bassins, fait sa fête ignorante
Et chante ingénument l’éternité des jours.

Asseyons-nous ici, près des broussailles roses,
Devant ces dieux de marbre aux gestes incompris
Et disons seulement, sans préciser les choses,
Quelques mots incomplets pareils à leurs débris.

Est-ce que nous soutirons ? Pourtant l’heure est sereine :
La rumeur d’un hameau se perd et se disjoint,
Et l’espace étalé semble une immense traîne
Que borde de fourrure une fumée, au loin.

On voit des arbres roux que l’automne résume,
Et seul, ne gardant pas le repos qui convient,
Un chasseur affairé court là-bas, mais la brume
Bâillonne doucement les abois de son chien.