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véritable corne, élastique et blanchâtre, porte-bonheur qui vous permet de braver les breuvages empoisonnés.

La faune du fleuve est illimitée. Agassiz a signalé plus de 2 000 espèces de poissons. Les tortues sont d’une abondance extrême et, certains soirs, à l’heure crépusculaire, on entend les « jacarès » ou crocodiles « roncher » autour de vous, surtout quand on les attire en les imitant. Lorsque la pirogue manque de stabilité, les ronchemens des crocodiles dans la nuit noire à quelques mètres de soi ne laissent pas que de faire une certaine impression.

Mais de toutes, la plus nombreuse est la faune « hostile, » désagréable à tous, sauf aux naturalistes. Les serpens sont assez fréquens, mais ils ne mordent guère et les morts d’homme sont exceptionnelles. Bien plus dangereuses sont les piqûres de moustique ; enfin il existe une série d’insectes (tiques, moukoui, etc), dont les atteintes, pour ennuyeuses qu’elles soient, n’offrent guère de danger.

Ce qui différencie la forêt amazonienne de toutes les autres forêts même tropicales, donne à cette contrée un cachet artistique spécial et fait en grande partie sa valeur commerciale, en permettant sans trop de peine d’aller d’un point à un autre, c’est le prodigieux développement de ses rivières. Une douzaine de rivières, le Tocantin, le Xingu, le Tapajoz, la Madeira, le Rio Negro et son affluent, le Rio Branco, le Rio Purus, le Jurra, le Japura, etc., ont un débit comparable à celui du Danube.

Les fleuves, sauf le Tocantin, qui, à 300 kilomètres de son embouchure, présente des rapides, sont navigables souvent pendant des milliers de kilomètres. Une de leurs caractéristiques est le grand nombre d’îles qu’ils présentent. Une de ces îles, l’île de Marajo, l’endroit le plus fertile peut-être de toute la région dans le double delta de l’Amazone et du Tocantin, est grande comme le Portugal.

Rien de plus variable d’ailleurs que les dimensions des îles et leur nombre. La carte des rivières est sans cesse changeante et, pendant la saison des pluies, des milliers d’îles disparaissent englouties par le fleuve pour renaître au moment de la saison sèche ou rester submergées à jamais. Aussi ne peut-on naviguer que sous la direction des pilotes.

Dans son ensemble l’Amazone semble donc être un immense archipel et c’est au bord de ses îles que la vie est la plus