Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/194

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Le 27, devançant les colonnes de l’armée qui continuait à s’avancer, Soubise se porta de sa personne au camp de Condé à Marienborn, afin d’y conférer avec lui [1]. Ce jour-là, l’avant-garde de l’armée des maréchaux, commandée par les comtes de Guerchy et de Stainville, passait le Nidder. Deux jours après, elle prononça son mouvement, pour se rapprocher de Condé, mais sans pouvoir lui permettre encore d’opérer sa jonction ; car il avait l’ennemi devant lui. Ferdinand de Brunswick renforcé par le général de Luckner, tête de colonne du second échelon de l’armée prussienne, le serrait de près. Le prince dut se replier sur Friedberg par une marche de nuit pour reprendre une position plus en arrière et éviter ainsi à la réserve du Bas-Rhin un échec possible avant la jonction désirée. Heureusement, il avait fait reconnaître le pays ; il put occuper les hauteurs avantageuses de Johannisberg et se relier avec l’avant-garde de la principale armée. Il assurait ainsi, par la basse Nidda, sa liaison avec les maréchaux. « Sur les hauteurs de Homberg, écrivait-il au ministre, j’étais en sûreté, et tout aussi à portée d’exécuter les ordres de messieurs les maréchaux qu’à Nauheim. Malgré mon peu d’artillerie, j’ai foudroyé l’ennemi au point de l’empêcher de se former en bataille et de l’obliger à se retirer… Le Prince héréditaire a voulu faire une petite tentative sur ma droite, elle n’a pas mieux réussi [2]. »

A la suite de la reconnaissance ordonnée par Condé, la tour imposante de Johannisberg devint l’enjeu des deux partis. C’était une vigie du passé émergeant sur l’horizon à plusieurs lieues à la ronde, avec des vues étendues. L’avant-garde de Condé s’y porta sous le commandement du marquis de Lévis, tandis que l’armée des maréchaux, passant le Nidder et la Nidda, allait se concentrer dans la plaine de Friedberg, prête à donner au besoin. La troupe de M. de Lévis comprenait les deux régimens de grenadiers royaux d’Ally et de Cambis, les régimens de dragons de Chapt et de Flamarens, des volontaires du Dauphiné, les régimens d’infanterie de Contlans et de Wurmser, plus une réserve de deux cents chevaux, excellentes troupes bien encadrées, malgré leur manque d’homogénéité apparent.

Posté dès le matin du 30, au Johannisberg, Lévis est assailli

  1. Dépôt de la Guerre, vol. 3612, f° 235.
  2. Condé à Choiseul, camp de Bommersheim. Dépôt de la Guerre, 3612 ; 232 bis et 286.