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posséder sont dix fois plus nombreux qu’il y a deux siècles, ne constituent d’ailleurs qu’un petit groupe parmi les trois millions du total actuel : 130 000 têtes, avant l’invention pratique des automobiles, il y a quinze ans. Là-dessus il ne s’en trouvait, à Paris où la richesse est le plus concentrée, que 8 000 : tandis que les chevaux de fiacre, d’omnibus, de commerce et de camionnage y représentaient un chiffre sept fois supérieur, bien que la traction mécanique fut déjà appliquée aux tramways en 1807. Au moyen âge, il n’existait aucun mode de locomotion publique et ceux que nos pères ont connu jusqu’au premier tiers du XIXe siècle nous sembleraient dérisoires : sous la Restauration, les rapports entre Paris et Saint-Cloud étaient assurés par un « coucou, » remorqué par un quadrupède unique, qui partait trois fois par jour de la place de la Concorde. Aux huit personnes de l’intérieur s’ajoutaient, les dimanches et fêtes, à côté du cocher, accroupis sur le tablier rabattu, des supplémentaires à qui leur posture fit donner le nom de « lapins ; » d’autres, les « singes, » grimpaient sur le toit.

Ce serait une grande erreur de croire que le service des coches de terre, des postes et du roulage exigeât une imposante cavalerie ; j’aurai plus tard occasion, en racontant l’histoire des voyages et des moyens de transports, d’entrer dans des détails qui m’entraîneraient aujourd’hui trop loin ; chacun sait au reste combien étaient rares les privilégiés delà fortune qui couraient « en poste » sous l’ancien régime. Les maîtres de postes, en bien des localités, n’entretenaient pas dix chevaux. Quant à ceux qui allaient à cheval « avec le messager » et plus tard dans les diligences régulières, dont le départ était à peine quotidien au moment de la Révolution, leur chiffre global en 1789, de Paris pour toutes les provinces réunies, ne suffirait pas à remplir un seul de ces trains que chacune de nos compagnies de chemins de fer lance journellement par douzaines dans cinquante directions.

Au XVIIe siècle, il était prescrit au surintendant général des postes d’entretenir « de Paris au lieu où est la Cour, 12 bons chevaux » pour le service des dépêches. En temps de guerre, l’obligation de maintenir les relations avec les armées faisait organiser des relais spéciaux de 50, 100 chevaux et davantage, ramassés un peu partout sur les routes par réquisition.

Durant les lourdes campagnes de la monarchie la cavalerie française compta souvent près de 50 000 chevaux, montés,