Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/14

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Nous nous sommes occupés de cela, l’autre matin, en séance. Nous n’avons pas voté un sou pour les entretenir. A quoi bon prolonger les souffrances de ces malheureuses ? Mais Jaurès a éveillé la sympathie universelle pour les musées et les collections de moulages :

— Notre pays, a-t-il dit, est riche de trésors incomparables, et il est évidemment un de ces pays de fine et profonde culture qui peuvent offrir au monde des œuvres qui ne se trouvent nulle part ailleurs. Ce qui nous manque, c’est le don de mise en œuvre…

Et il a demandé qu’on fît une place beaucoup plus large aux détails de notre architecture religieuse dans le musée du Trocadéro.

Nous avons tous applaudi. Grâce au ciel, désormais, les plus honnêtes arrangemens sont pris pour le décès des églises ; le mouleur, sa truelle en main, se tient à côté du cadavre… Mais, une idée ! Si, avec ce plâtre, on bouchait les trous de pluie ? Je l’ai dit à la Chambre :

« Nous admirons, au musée du Trocadéro, des moulages de nos principaux types d’architecture et, le plus souvent, d’architecture religieuse ; n’aurons-nous pas une pensée pour les sœurs de ces magnifiques églises, pour des églises qu’on ne classe pas parce qu’elles auraient été, à leur époque, des copies et que les commissions de classement ne veulent garder que les modèles de premier rang. Des copies, des répliques, des doubles ? Non pas ! L’artiste, l’architecte et même la population du petit pays introduisaient dans les plus modestes églises un élément personnel, une légère modification, quelque chose qui les rend intéressantes, d’une manière chaque fois nouvelle, pour les artistes et pour les patriotes. Une fois de plus, je demande au Gouvernement de vouloir bien prendre en considération un problème si important et qui ne sera pas toujours vivant : les charmantes et touchantes églises, si vénérables, si précieuses, s’inclinent, et, faute de soins, si vous n’intervenez, elles vont commencer à mourir. »

On a applaudi, et puis on est passé à un autre numéro du cirque parlementaire.

En vérité, au milieu de pareilles scènes, comment l’esprit ne se troublerait-il pas jusqu’à douter de sa force ! Faut-il nécessairement que ses créations cèdent aux puissances de mort et