Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/39

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de vue ; mais il est naturel que j’expose totalement ma pensée, Je ne prétends nullement parler à cette minute au nom des signataires de mon projet de résolution.

Je vous dis, moi, que je reste dans l’intérieur de la législation actuelle, que j’apporte ici une solution provisoire, en vue d’un but immédiat et limité. A mon avis, vous aurez un jour à régler l’ensemble du problème religieux, laissé indéterminé dans plusieurs de ses parties importantes par la loi de Séparation ; et ce problème, il saute aux yeux que vous ne pourrez pas le régler sans avoir une conversation avec Rome. (Interruption à gauche. — Très bien ! très bien ! à droite et sur divers bancs.)

M. GROUSSAU. — C’est l’évidence même.

M. FRANÇOIS DELONCLE. — Tout le monde en convient, personne n’ose le dire ; voilà la vérité. (Applaudissemens au centre et à droite. — Protestations à gauche.)

M. MAURICE BARRÈS. — Je vous ai exposé la situation. Pour y remédier, je recours aujourd’hui aux seuls moyens que notre législation met à notre disposition. Je m’en tiens à considérer les églises comme des monumens historiques, et cela me permet de leur obtenir des subventions, des subventions de tous, oui, le concours libre de tous les élémens laïques ou religieux.

C’est ainsi qu’on en a agi chaque fois que nos églises ont couru le péril où nous les voyons. Car, messieurs, deux fois déjà la France a connu cette crise des églises rurales : elle l’a connue après l’invasion anglaise, au début du XVe siècle, et une seconde fois au temps de la Fronde, lors des ravages des Espagnols dans le Nord. Et, dans ces deux époques, ce sont tous les élémens de la société religieuse et de la société civile qui sont intervenus pour les relever ou les réparer. Eh bien ! c’est ce qu’il faut faire aujourd’hui. Avec des formes nouvelles, c’est la même nécessité que jadis. Et cette vue qui agrandit l’horizon nous engage à croire que notre solution est juste, car, inspirée par les nécessités présentes, elle nous fait rentrer dans la vérité historique.

Messieurs, je vous ai exposé la situation et le remède immédiat que j’y vois : je l’ai fait sous ma propre responsabilité. Si mes solutions ne vous plaisent pas…

A gauche. — Non ! non !

M. MAURICE BARRÈS. —…cherchez-en, trouvez-en d’autres.