Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/42

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Les pétitionnaires dont je suis ici le porte-parole… ne réduisent pas leur supplique à n’être que la défense de quelques pierres sculptées et heureusement dressées sur l’horizon. Si l’église fait bien dans le paysage, c’est qu’elle y est une âme, et que nous groupons tout naturellement sur elle les sentimens qu’en dépit des apparences il ne serait pas malaisé de retrouver en nous tous. (Applaudissement à droite et au centre.) Nous tous, nous nous sentirions exilés dans un village où il n’y aurait plus d’église et dans une France où les clochers ne monteraient plus vers le ciel. (Applaudissemens au centre et à droite.)

Oui, l’église nous attire tous, elle attire le fidèle, et celui-là même qui n’a pas la foi (Applaudissemens sur les mêmes bancs) ou qui, du moins, ne se repose pas dans la tranquille possession de la certitude. L’un y trouve l’espérance et l’autre plus que le souvenir. (Très bien ! très bien ! ) En jetant par terre les églises, vous ne renoncez pas seulement aux idées dogmatiques qu’elles renferment, vous renoncez aux pensées libres, aux impulsions profondes qu’elles éveillent depuis des siècles chez un homme de chez nous. (Applaudissemens au centre et à droite. Mouvemens divers.)

Vous n’en êtes pas touchés ! Ce beau clocher qui est l’expression la plus ancienne et la plus saisissante du divin dans notre race (Nouveaux applaudissemens sur les mêmes bancs), cette voûte assombrie où l’on prend le sentiment d’avoir vécu jadis et de devoir vivre éternellement, cette table de pierre où reposent les grands principes qui sont la vie morale de notre histoire, rien de tout cela ne vous persuade, rien ne vous retient de renverser cette maison qui, par sa porte ouverte à toute heure au milieu du village, crée une communication avec le divin et le mêle à la réalité quotidienne ? (Applaudissemens sur les mêmes bancs.) Et comme autrefois l’humanité rejeta les dieux de l’hellénisme, vous croyez le moment venu pour que le Christ n’ait plus ni temples, ni fidèles. Si un tel calcul existe, ce calcul sera trompé et cette haine déçue : si quelqu’un se réjouit de pouvoir un jour, en passant près des églises rurales effondrées, insulter le cadavre d’un ennemi, il n’aura pas cette honteuse satisfaction. Le catholicisme ne serait pas écrasé sous des pierres qui s’écroulent (Très bien ! très bien ! à droite), il s’en irait dans les granges… (Applaudissemens au centre et à droite.)