Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/440

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Ô frères, c’est assez vous courber sous l’outrage !
        Voici venir l’ami de Dieu,
El Hiba, l’ouali qui voile son visage,
Le thaumaturge, l’homme bleu.

Il est grand, son passage émeut les multitudes,
L’influence divine illumine son front ;
Il fait couler sans fin l’eau des béatitudes,
        Sur la douleur et sur l’affront.

Comme le lait bien frais gardé dans l’outre épaisse,
Dans chacun de ses mots dort un flot bienfaisant,
Qui guérit toute soif et sur la lèvre laisse
        Un souvenir longtemps présent.

La sainte baraka s’épanche par ses gestes,
Sa salive contient de secrètes vertus,
Où se posent ses pieds croissent des lys célestes,
        De clair de lune revêtus.

Le poitrail allumé d’une énorme turquoise,
Son cheval est lui-même un noble marabout,
Dont la sueur exhale un doux parfum d’armoise,
        Et lustre son poil acajou.

Qui frôle son burnous imprégné de cinname,
Sent passer sur son front l’haleine des houris,
L’onde du Selsébil murmure sur son âme,
Au milieu de vallons fleuris.

Louange à lui ! La gloire environne sa tête !
Il est le grand docteur, le prince des roseaux,
Chaque nuit, il peut voir la face du Prophète,
        Suprême imam et sceau des sceaux.

Mais mieux que sa douceur, si féconde en miracles,
Sa force, ô musulmans, éclate et resplendit :
L’Atlas, devant ses pas, abaisse ses obstacles,
        Le lion s’arrête, interdit.