Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/442

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Partez tous, ô guerriers. Partez tous, ô mes frères !
        Allez délivrer vos moissons,
Les champs que nos aïeux, jadis, ont faits prospères,
        Purifiez les horizons !
La haine au cœur, marchez vers les revanches sûres,
        Rendez à l’Islam nos cités,
Que vos corps rédempteurs s’empourprent de blessures,
        Ô vous qui serez exaltés !
Suivez l’Élu qui change en cartouches les pierres,
        En canons géans, des fétus,
Et qui peut, sans effort, d’un clin de ses paupières,
        Redresser les murs abattus.
Chassez les casques blancs et les pantalons rouges,
        Les spahis, renégats de Dieu,
Qui dans l’enfer auront, pour femelles, des gouges,
        Sur des lits de soufre et de feu.
Que les cadavres nus des Français, par les orges,
        Perdent leur graisse et tout leur sang,
Que milans et vautours en remplissent leurs gorges,
        Qu’ils mangent en s’éclaboussant.
Tuez, tuez leur chef à face de panthère,
        Le Djinn plus maigre que le roc,
Qui, dans la même nuit, sans effleurer la terre,
        Bondit de Rabat à Maroc.
Vous le reconnaîtrez : il porte trois étoiles,
        Faites saler sa tête aux juifs,
Et que, bien pétroles, ses os, vides de moelles,
        Flambent comme le bois des ifs.
Lui mort, tout le Moghreb sera libre, ô fidèles !
        Les cigognes, sur les koubbas,
Feront claquer leur bec, agiteront leurs ailes,
        Et vous loueront par leurs ébats.
Alors, vous porterez plus loin votre victoire,
        Vous irez chez vos ennemis ;
En bataillons épais, vous referez l’histoire,
        Vous prendrez Alger aux roumis.
Tunis verra flotter vos vertes oriflammes,
        Ô conquérans du paradis,
Et la mer furieuse, au tombeau de ses lames,
        Engloutira tous les maudits.