Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/45

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Dieu devrait faire un miracle en faveur de ses églises, ce serait plus intéressant que de guérir des fistules.

— Ah ! Beauquier, lui répliqua Sembat avec une vivacité spirituelle qui souleva les rires sur tous les bancs, ah ! Beauquier, si vous étiez un monument (Hilarité), Maurice Barrès proposerait certainement de vous conserver à cause d’un certain cachet d’archaïsme. (Nouveaux rires.) Ce sont là des idées qui, je vous l’assure, ont fait leur temps.

Je note ces rires d’après l’Officiel avec soin, parce que la courbe des sentimens suscités aux diverses séances des églises par les propos toujours pareils de M. Beauquier rend compte des progrès du bon sens dans la Chambre. Dans le premier débat des églises, le 16 janvier 1911, les députés s’étaient bien gaussés du Dieu des chrétiens mis au défi de rebâtir lui-même ses temples ; mais cette fois, c’est de M. Beauquier que tout le monde rit à gorge déployée. Nous avons fait du chemin, tout de même, et telle est la force d’une idée vraie présentée avec naturel, que nul n’interrompt Sembat quand il se résume en trois déclarations de la plus grande importance :

— Nous ne pouvons pas, Maurice Barrès, laisser tomber votre campagne sans lui donner une sanction. Vous nous avez mis sous les yeux des faits qu’il fallait que nous regardions en face ; vous avez bien fait de nous obliger à les considérer. (Très bien ! très bien ! ) Pour ma part, je vous ai indiqué les points pour lesquels très joyeusement je marcherai avec vous : c’est d’abord pour la question du classement le plus large, c’est ensuite la fin des niches, c’est enfin l’obligation d’employer les fonds que les fidèles bénévolement offriraient pour réparer les églises. (Très bien ! très bien ! )

Pouvais-je, en écoutant ces argumens et ces bravos, douter de mon succès ? Je me disais, avec toute la Chambre : Le ministre maintenant a toutes facilités pour régler la question. Un socialiste unifié, grand dignitaire de la maçonnerie, aura sauvé les églises de France !

M. Stceg prit la parole, et d’une voix grise, sans allumer ses phares, avec des détours, mais en homme qui connaît bien le pays, il s’achemina en petite vitesse vers le centre du problème.

— La loi ne permet pas de contraindre les municipalités à réparer leurs églises, non plus qu’à accepter les offres de concours dont elles sont saisies. Allons-nous charger l’État des