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chemin que nous avons déjà pris et qui est assez long ; mon compagnon veut en chercher un plus court ; je le suis… Quelle équipée ! Après avoir failli tomber dans un canal, nous manquons de nous enlizer dans un marais que nous avions pris pour un honnête pré. Enfin, après bien de la peine, nous nous dépêtrons des fils de fer au milieu desquels nous étions tombés, — mon cheval s’en était introduit un entre le fer et le sabot, et comme nous n’avions pas de pince pour le couper, il fallut le casser à la main : vingt-cinq minutes de rage ! — et nous manquons d’écraser une sentinelle qui ne veut pas nous laisser passer : de surprise, j’ai oublié le mot qui doit m’ouvrir tous les passages !

Pour en finir, nous reprenons notre premier chemin, parti le plus sage, puisque c’est la seule voie qui nous soit connue.

Il est très tard, naturellement, lorsque nous retraversons Albert : impossible de rien trouver dans cette malheureuse ville complètement abandonnée et presque entièrement ruinée ! Les Allemands se sont acharnés particulièrement sur l’église ; ils sont si maladroits qu’elle n’a presque rien reçu, mais toutes les maisons qui l’environnent sont détruites ! Ce vide et ce silence de mort sont lugubres et donnent une impression d’épouvante et de cauchemar : muets d’horreur et de rage, nous allongeons insensiblement l’allure pour quitter cette cité de malheur, et arrivons enfin vers minuit et demi à notre bivouac, non sans avoir eu, une fois de plus, maille à partir avec des fils de fer de clôture.


XIII. — EN PAS-DE-CALAIS — MONCHY

Une grande étape, le mardi 20 ; par Hénencourt, Senlis, Hédauville, Forceville, Bertrancourt, nous arrivons en Pas-de-Calais, à Couin. Pays très laid, village effroyablement pauvre, sans la moindre ressource ; beaucoup de troupes, nous y recevons des hommes du dépôt. Couché dans une maison abandonnée, sur du foin.

Le lendemain, nous continuons à monter vers le Nord, par Hénu, Gaudiempré et Humbercamps, rencontrant en chemin un régiment de goumiers et de spahis : drôles d’uniformes, un peu effarans, mais quels beaux chevaux !

La maîtrise de Monchy et de ses abords était d’une grande