Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 29.djvu/81

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suivant un tarif destiné à mettre nos usines au moins sur un pied d’égalité avec les usines allemandes. On peut également concevoir la cession à l’Etat français ou à des Compagnies françaises des mines domaniales ou des terrains encore concessibles. A cet égard, l’organisation de Syndicats puissans et le rôle directeur que s’est attribué le gouvernement allemand sont de nature à donner toutes facilités. Le socialisme d’Etat a tout au moins cet avantage, en cas de guerre, qu’il supprime bien des inquiétudes et des embarras, auxquels pourraient donner lieu des atteintes à la propriété privée. L’Allemagne s’est, par la richesse de son domaine public en mines, chemins de fer, etc., placée dans des conditions particulièrement favorables pour être rançonnée le jour où elle sera vaincue.

Dans l’extraction totale du bassin rhénan-westphalien, en particulier, le fisc prussien intervient pour 4,13 pour 100 (1913), soit près de 5 millions de tonnes dans ses mines lbbenbüren, Ver, Gladbeck, Bergmannsglück, Waltrop, Zweckel et Scholven. Les privilèges qu’il s’est réservés en outre pour l’avenir accroissent considérablement la valeur de ce domaine.

Ainsi donc, ce grand conflit qui va appauvrir l’Europe pour un quart de siècle peut du moins, si nous montrons une volonté assez ferme, assurer à la France quelques compensations partielles de ses pertes, avec un peu plus de sécurité pour l’avenir. Ce n’est pas seulement en nous réservant des positions stratégiques sur la frontière que les négociateurs nous prémuniront contre le retour trop prochain de semblables surprises, c’est aussi en nous fournissant cette force militaire que constitue la houille et que les Allemands ont possédée surabondamment dans la guerre actuelle. Par-là, nous ferons mieux que de nous enrichir : nous tendrons vers ce résultat désiré de tous qu’une telle convulsion reste longtemps sans se renouveler. Il serait vain de fonder un tel espoir sur les illusions d’un socialisme international. Car, si paradoxale que puisse sembler cette assertion, le socialisme, qui se croit un instrument de paix, est peut-être aujourd’hui, sans le vouloir, le principal agent de la guerre. Né du machinisme qui lui-même a été provoqué par le charbon, il synthétise, sous le masque de doctrines inapplicables, une lutte pour la vie qui s’est engagée, avec une acuité croissante, entre les ouvriers et les patrons, entre les patrons concurrens, entre les nations. On tournera