Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/242

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davantage, d’occuper une position de défense qui pourra devenir plus tard une position d’attaque, et de nous tenir prêts à tout. C’est pour cela que nous nous sommes rabattus sur Salonique et que nous sommes actuellement occupés à nous y fortifier. La retraite de nos troupes s’est fort, bien faite : elle fait honneur au général Sarrail, qui s’est retrouvé sur le Vardar ce qu’il avait été sur la Marne. Le général anglais, Munro, a manœuvré de son côté dans des conditions qui se sont trouvées plus difficiles, mais dont il s’est bien tiré. Quoi qu’en disent les communiqués allemands, ses pertes ont été légères. Aujourd’hui, les Anglais et nous sommes concentrés à Salonique. Une surprise nous y était réservée : nous nous attendions à y être immédiatement suivis et attaqués par les troupes bulgares et nous ne l’avons pas été. Les Bulgares se sont arrêtés à la frontière grecque, comme s’ils avaient été pris d’un subit respect pour le territoire que ne défend pas le roi Constantin. Avons-nous besoin de dire que nous ne croyons nullement à un pareil sentiment de leur part ? Il ne serait ni dans leur caractère ni dans leurs habitudes. Il y a autre chose et les journaux du monde entier ont imaginé, pendant quelques jours, des hypothèses diverses dont aucune n’était tout à fait invraisemblable sans qu’aucune parût sûrement vraie : aussi passait-on de l’une à l’autre sans s’arrêter à celle-ci plutôt qu’à celle-là. La plus probable est que les Bulgares n’étaient pas prêts, et les Austro-Allemands non plus. On ne s’attendait-pas à notre résistance, on n’y était pas préparé. Nous avons dit les belles promesses de dévouement et de protection jusqu’à la mort que le gouvernement hellénique nous a prodiguées pour le cas où nous voudrions bien nous rembarquer. Il se portait garant de notre sécurité et nous croyons qu’il l’aurait assurée, en effet, de très grand cœur, avec la complicité des Austro-Allemands et des Bulgares : mais nous n’avons pas voulu nous rembarquer.

Le gouvernement grec aurait été enchanté de se débarrasser de nous ; il en aurait éprouvé un grand soulagement. Il craint en effet, si les Bulgares ou les Turcs, envahissent le territoire hellénique, de voir les fusils grecs partir tout seuls. Ce danger n’est nullement imaginaire. Déjà, Grecs et Bulgares s’étant rencontrés sur un point de l’Épire, on n’a pas pu les retenir, ils en sont venus aux mains. Dans ce pays où nous avons bien vu que tout était possible, il n’est pas impossible que les Grecs, quelle que soit leur ferme volonté de ne pas se battre, soient obligés, un jour, de le faire. En attendant, assurons la défense de Salonique. Quel que soit le motif du