Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/714

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n’importe qui étant bon à n’importe quoi, on peut, n’importe quand, le mettre n’importe où. Elle ne repousse donc pas l’idée que le pouvoir et l’administration soient contrôlés. Mais elle voudrait d’abord être sûre de la compétence du contrôleur lui-même ; et elle ne voit pas distinctement pourquoi cette compétence qui aurait fui les ministères habiterait, par une sorte de grâce infuse, dans le sein des commissions. Elle se méfie à juste titre de l’imitation maladroite ou brouillonne des exemples de la Convention, du Comité de salut public et des commissaires aux armées. Si les bureaux séculairement endormis ne se sont encore qu’à demi éveillés au bruit du canon, elle ne veut pas qu’en remontant la mécanique on la dérègle et qu’en la secouant on la casse. « Touche à tout » et « Ne touche à rien » sont deux espèces également funestes : le plus simple, mais peut-être le plus difficile, est que chacun fasse bien ce qui le regarde.

De jour en jour davantage, les commissions se montrent dans leur rôle nouveau. Ce ne sont plus seulement, et même ce ne sont plus du tout, des organes que se donnent les Chambres pour étudier une question et leur en faire rapport. Plutôt même que des organes de relation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, c’est tout ensemble comme une délégation permanente du législatif et comme une excroissance parasite de l’exécutif. Il ne faudra pas s’étonner si le régime parlementaire s’en trouve déformé, et la Constitution elle-même faussée. Il ne faudra pas trop se plaindre si la République, si la patrie n’en éprouve point de pire détriment. Mais nous philosopherons là-dessus, lorsque la paix nous aura refait des loisirs. Pour le moment, il s’agit de vivre, c’est-à-dire de vaincre. Les quarante-quatre commissaires aux armées que le parti socialiste propose précisément de revivifier n’y aideraient guère : fabriquons toujours de l’artillerie lourde.


A l’extérieur, malgré quelques émotions, la situation demeure la même en ses lignes générales. Les nouvelles du Monténégro se succèdent, annonçant coup de théâtre sur coup de théâtre : ce qu’on croyait hier le dénouement n’est ce matin qu’une péripétie. Quoiqu’il ne soit pas très facile de savoir tout ce qui s’est passé, il n’est pourtant pas impossible, avec ce qu’on sait, de reconstruire ou reconstituer le reste. Le mont Lovcen a été pris par les Autrichiens ; c’est le fait autour duquel tourne le drame, qu’il ait été ou non mêlé de comédie. On connaît, pour en avoir lu et relu la description depuis dix-huit mois, cette position qui domine Cattaro de tout près, et, sur le versant