Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/721

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conseils : c’est une de ces décisions que chacun doit tout seul prendre pour soi-même. M. Martini, parlant au Palazzzo Vecchio de Florence, en présence de M. Salandra et au nom du gouvernement, s’est exprimé en termes dont le vague apparent est baigné à dessein d’une obscure clarté : lorsque ce maître de la langue reste obscur en étant clair et est clair en restant obscur, il n’y a pas de doute possible, on le lui a recommandé : « Nous ne pouvons pas tout, a-t-il dit, nous ne devons pas tout : et nous devons principalement ne pas chercher de défaites qui puissent être prévues, ne pas disperser nos forces, ne pas disséminer les moyens techniques que la présente guerre veut si puissans et si multiformes. En concentrant nos efforts sur les seuls points où la défense de notre frontière, inviolée et inviolable, et la tutelle de notre avenir politique et économique nous ont appelés et nous appellent, nous donnons à la cause commune l’aide la meilleure et nous travaillons à hâter le jour dans lequel « hors du sang, la paix soulèvera, toute blanche, ses ailes. » Quand ? Quand la force aura contraint la force à s’incliner devant le droit… etc. »

Dans un des trois ou quatre discours qu’il a prononcés, ces jours-ci, à Bologne, à Padoue et à Ancône, un autre ministre, M. Barzilaï, émet à sa manière un jugement analogue. Il faut racheter l’Adriatique, la libérer du servage qui pèse sur elle ; mais le combat libérateur peut être livré ici ou là ; et l’Adriatique inférieure peut être défendue dans le haut de l’Adriatique. Le conflit ne sera finalement résolu ni en Serbie, ni au Monténégro, ni en Albanie : l’Adriatique peut être gagnée sur le Carso. Ainsi ce Triestin persévère dans l’idée qui a, depuis qu’il a l’âge d’homme, illuminé toute sa carrière. A la thèse du gouvernement, qui se dessine ou s’esquisse sous ces formules, l’opinion publique fait écho par la voix des revues et des journaux. « Victor, » — c’est le directeur lui-même de la Nuova Antologia, le sénateur Maggiorino Ferraris, — serait d’avis que l’Italie se fortifiât dans Durazzo et dans Vallona, sous une triple ceinture d’artillerie, et attendit le choc de l’ennemi, comme les Anglo-Français le font dans Salonique. Le Corriere della Sera morigène la presse étrangère qui répand l’illusion « que l’Italie dispose, par dizaines, de corps d’armée à envoyer sur le théâtre balkanique, tantôt pour attaquer la Macédoine à travers l’Albanie, tantôt pour défendre le Lovcen et sauver le Monténégro… L’Italie n’a pas tant de forces disponibles pour des expéditions d’outre-mer. L’Italie n’a pas exubérance de-troupes pour la défensive et pour l’offensive… Nous avons envoyé en Albanie un corps d’expédition soustrait du bilan de nos forces, sans