Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/724

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ceignit son front de la couronne royale ; le 18 janvier 1871, à Versailles, — le tsar Ferdinand a eu le courage d’insister : à Versailles, — Guillaume Ier restaura la dignité de l’Empire. Et le 18 janvier 1916, à Nisch, la romaine Nissa, ville natale de Constantin le Grand, Guillaume II rétablit l’Empire d’Orient. Il ne pouvait se déplacer pour moins. S’il compte ce jour parmi les plus désirés de ses jours, qu’il a longtemps appelés de ses ardens souhaits, on pense bien que ce n’est pas parce qu’il devait y recevoir des croix bulgares. Et la mise en scène se dévoile. Cette maladie, cette opération, cette agonie prochaine ou déjà commencée, cette famille éplorée autour du chevet impérial, puis cette guérison subite, ce départ précipité, cette apparition fulgurante, c’était ce que, derrière la rampe, on nomme une préparation. Cependant, Ferdinand piochait son thème, et se flattait de décrocher, avant l’Autrichien, le Hongrois et le Turc, le prix de servilité, sous l’espèce, probablement, d’un vicariat de l’Empire néo-byzantin. Il revenait par un détour à sa chimère. Guillaume II se contentait de l’apothéose. La réclusion de Potsdam avait pour but de faire ressortir par contraste la résurrection de Nisch, Castrum Nissa. Mais l’Empereur allemand s’abuse sur l’importance que peut avoir sa vie ou sa mort, après qu’il a lâché sur l’univers tant et de telles catastrophes, au milieu de ces hécatombes de nations, quand par lui tous les champs de l’Europe se couvrent d’une cruelle moisson de jeunesse. Ainsi l’orgueil des anciens rois voulait pour sépulcre la masse énorme des pyramides. Eux aussi aimaient le colossal. Mais la pyramide écrasait de toute sa hauteur et accablait de toute son ombre le cercueil d’un vrai César. A plus forte raison, un faux, salué seulement par un tsar de Bulgarie, dans un latin barbare ou la kultur échoue à se déguiser en civilisation.


CHARLES BENOIST.

Le Secrétaire Général, gérant, JOSEPH BERTRAND.