Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/29

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solidarité peut être durable. Eh bien ! ce sont eux, précisément, qui, par leur silence italien et leur soumission française, ont tout fait pour déprécier notre guerre et notre droit aux yeux de nos Alliés et pour affermir les Français dans leur équivoque originelle, dans leur conviction sommaire que toute la guerre de la Quadruplice n’est pas autre chose que la guerre française multipliée par quatre. Ce sont eux, finalement, qui perpétuent de la sorte l’incompréhension française, laquelle peut être, aujourd’hui, également pernicieuse pour les deux nations… »

Cette diatribe, que j’ai tenu à citer tout au long, malgré ce qu’elle a d’évidemment injuste et de passionné, cette diatribe nous touche d’assez près, pour que nous accordions aux revendications des nationalistes italiens une attention, que réclameraient déjà leur talent et l’originalité de leurs théories.

Des amis me disent : « Mais ces nationalistes ne représentent qu’une fraction infime de l’opinion. C’est un parti tout récent, qui s’est déjà disqualifié par ses excentricités et ses intempérances de langage, et qui n’a d’ailleurs aucune influence. » — Tel n’est pas précisément mon avis. J’ai pu constater que leurs idées, même violemment combattues, finissent par influencer leurs adversaires et qu’elles s’infiltrent peu à peu jusque dans les programmes gouvernementaux. D’ailleurs, eux-mêmes se font gloire de leur impopularité : ils se vantent de leur petit nombre, tant ils sont assurés d’être une élite, et tant ils ont de confiance dans la solidité comme dans l’avenir de leurs principes. Leur organe, l’Idea nazionale, est peut-être, de tous les journaux d’Italie, le plus intéressant à lire, le plus nourri de faits et d’idées. Ce sont des logiciens et des disputeurs intrépides, très cultivés, très munis d’érudition, de science historique, économique et sociale. Ils se piquent surtout d’être les meilleurs interprètes de l’âme et des aspirations nationales : en quoi ils me paraissent un peu sujets à caution. Au début de la guerre, en raisonneurs conséquens avec leurs principes, n’ont-ils pas réclamé que l’Italie marchât avec ses Alliés de la Triplice ? C’était se méprendre complètement sur le sentiment populaire : il est vrai qu’ils, le distinguent du sentiment national. Mais le peuple n’en est pas moins la nation, et que faire sans lui ? De sorte que ces logiciens admirables rappellent, à de certains égards, ce fameux chien de chasse, qui détenait toutes les qualités requises chez un animal de ce genre, mais qui n’avait pas de nez.