Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/480

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connaissent également, mais qui ne sont pas ceux qu’ils allèguent. De toute façon, l’inquiétude de l’Allemagne est visible. Elle s’affirme jusque dans le soin qu’on met à la démentir. Nous le savons, nous ne devons pas encore laisser ouvrir toutes grandes les ailes de nos espérances; nous devons dompter nos désirs frémissans, les tenir en bride. Comme résultats positifs, nous n’en sommes qu’à une avance d’une dizaine de kilomètres et à la reprise d’une vingtaine de villages. Mais nous avons appris la patience, depuis vingt-trois mois que nous sommes envahis, il nous importe peu que ce soit long, pourvu que ce soit certain et définitif. Long, dur, sûr, c’est le mot d’ordre et c’est le mot de passe. Nous supporterons, nous les lasserons, nous les « aurons. » On voudrait prendre garde ici d’écrire une ligne qui puisse sembler l’expression d’un avis pour lequel la compétence ferait défaut, et de se donner le ridicule de jouer au stratège de cabinet qui, à la morale près, vaut tout juste son confrère, le « stratège d’estaminet » Mais comment ne pas relever, à la charge des Allemands, la même erreur de sens critique et psychologique, signalée chez les Autrichiens ? Manque de psychologie, et même quelque chose de plus, car l’observation, en l’espèce, offrait des données matérielles, saisissables et contrôlables; ni en Allemagne, ni en Autriche, il n’y a disette d’ « observateurs, » de quelque nom qu’ils méritent d’être nommés; il y en a, au contraire, à foison, de toutes les qualités et pour toutes les besognes. Est-ce que le service d’espionnage, cette spécialité de la culture allemande, baisserait ? Ou bien est-ce l’État-major qui ne sait plus assembler les renseignemens, les interpréter, et qui raisonne de travers ? Les Autrichiens se sont trompés en se mettant en tête que les Russes étaient hors d’état de bouger et que, par conséquent, ils pouvaient eux-mêmes se jeter sans danger sur l’Italie. Les Allemands se sont trompés en se faisant le tableau, agréable pour eux, d’une bataille de Verdun qui use jusqu’au dernier homme les réserves de l’armée française, et en déduisant de là que, par conséquent, ils ne pouvaient plus, à l’Occident, avoir affaire qu’aux seuls Anglais, sur qui d’ailleurs ils se trompaient encore, par infatuation à la fois nationale et professionnelle : ces troupes de hasard n’étaient point une armée : elles avaient beau former une masse, large et profonde, plus il y en aurait, plus aisément on les battrait, et voilà tout. Ces sortes de choses sont toujours bonnes à dire, à la condition de n’y pas croire, et bien souvent, en lisant les journaux allemands, envoyant, par exemple, dans la Gazette de l’Allemagne du Nord, il y a quinze jours, le 1er juillet : « Nous avons à ce point épuisé l’armée