Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/714

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une forte part de sa nourriture. Du val Lagarinaau val Sugana, pied à pied, Cadorna repousse les Impériaux et chasse l’archiduc héritier de l’héritage usurpé, du paradis lombard-vénitien dont l’épée italienne lui ferme à jamais la porte. Sur des milliers de kilomètres, l’artillerie lourde écrase les obstacles, ouvre les voies ; l’artillerie de campagne prépare la conquête du terrain, l’infanterie l’achève. Spectacle nouveau, à force d’être oublié, et signe gros de promesses : on a revu des cavaliers. L’armée tout entière (et chacune des armées alliées dans chacune des zones de guerre) fait d’excellent travail. Pour l’aider, les civils, qui pareillement ont bien « tenu, » n’ont qu’â ne pas la gêner. Peut-être a-t-on remarqué le souci scrupuleux avec lequel nous nous sommes gardés, quoique l’occasion en ait été fréquente, de traiter ici des questions qui eussent pu être dites de politique intérieure. A peine en avons-nous, au passage, quand il était impossible de l’éviter, effleuré quelqu’une d’une main que nous aurions voulue légère. Ce n’est pas seulement ou ce n’est pas surtout par crainte de compromettre une « union sacrée » que rien, nous en sommes assurés, — mais il est bon de le répéter pour le dehors, — ne pourra rompre entre Français, jusqu’à la victoire et la paix qui la consacrera, si longtemps que nous devions les attendre, si cher que nous devions les acheter. C’est qu’en vérité, à nos yeux, au milieu d’événemens qui dépassent et débordent si extraordinairement le cadre de notre vie habituelle, il n’est plus, il n’existe pas de questions de politique intérieure. Les disputes d’opinion, les querelles d’intérêt, les rivalités des partis, les ambitions ou les agitations des hommes, n’ont pas de commune mesure avec la seule chose qui importe : le salut de la patrie ; et si des malheureux ont la fatuité ou l’audace de les y rapporter, elles sont, auprès de lui, comme des points imperceptibles qui se perdent dans l’immensité, comme des infiniment petits, tellement voisins du néant qu’ils ne méritent pas d’en être distingués. Premièrement, que la patrie soit sauvée ; qu’elle le soit par n’importe qui, et n’importe de quelle manière ; mais elle ne peut l’être que s’il y a un gouvernement, et s’il n’y en a qu’un.

Ces réflexions nous viennent tout naturellement à l’esprit, au sortir d’une des séances où la Chambre des Députés s’est occupée, sur l’initiative opiniâtre de certains de ses membres, d’une dernière invention et découverte intéressant sans doute la défense nationale, mais risquant de l’intéresser à rebours, les « commissaires aux armées. »

Comment n’en parlerions-nous pas, puisque tout le monde en parle, et qu’au surplus il s’agit là non d’une question de politique