Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/956

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


évacués seront envoyés à l’intérieur du territoire occupé de la France, loin derrière le front, où ils seront occupés dans l’agriculture et nullement à des travaux militaires. Par cette mesure, l’occasion leur sera donnée de mieux pourvoir à leur subsistance. » Et, à présent, le Gouvernement impérial, inquiet, malgré tout, du retentissement de la Note française, bien qu’il affecte le calme d’une résolution prise dans l’intention la meilleure, fait dire par l’officieuse Gazette de l’Allemagne du Nord :


L’administration allemande n’a aucune raison de cacher qu’elle a fait transporter de nombreux milliers d’habitans français des deux sexes des grandes villes dans les Flandres françaises. Elle a d’ailleurs l’intention de continuer à le faire.

Les Français et leurs alliés ont eux-mêmes rendu ces mesures nécessaires. Par leurs agissemens, contraires au droit des gens, pour rendre plus difficile le ravitaillement de l’Allemagne et des contrées occupées par les troupes allemandes, ils sont parvenus à ce qu’au moins dans les grandes villes des régions occupées près du front de combat, le ravitaillement de la population civile ne pouvait plus être assuré d’une manière conforme aux intentions de l’administration allemande et selon les devoirs de cette administration...

L’administration allemande devait donc choisir entre laisser les populations civiles françaises dans un état de nourriture insuffisante, qui pouvait, avec le temps, gravement nuire à ces populations, ou prendre des mesures appropriées pour remédier à ce manque de nourriture.

Dans ce dessein, l’administration allemande décida de transporter ailleurs une partie des populations civiles des villes importantes et très peuplées et par conséquent difficiles à ravitailler et de les établir dans des régions moins peuplées, où il serait plus facile de leur distribuer des vivres. On put en même temps réaliser le plan de fournir à ces contrées peu peuplées la main-d’œuvre nécessaire aux travaux agricoles dans l’intérêt même de ces populations.


Retenons l’aveu. Mais rejetons l’excuse. « Le ravitaillement de la population civile ne pouvait plus être assuré, au moins dans les grandes villes, » prétend, au nom du Chancelier, la Gazette de l’Allemagne du Nord. Les documens répondent : « Les Allemands ne se sont jamais souciés de nous nourrir, et le ravitaillement n’a jamais été aussi bien assuré, sauf pour la viande. » Ils avaient déjà répondu : «Un jour, un wagon de poisson et d’œufs nous arrivent, ils sont, contre tout droit, arrêtés et envoyés en Allemagne. » Quant à fournir « aux contrées peu peuplées la main-d’œuvre nécessaire aux travaux agricoles, dans l’intérêt même de ces populations, » il eût du moins fallu ne pas leur présenter comme volontaire cette