Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/141

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aux démocrates allemands son plein concours sans songer à en retirer le moindre avantage. Jusqu’à quel point étaient-ils sincères dans cette affirmation ? Jusqu’à quel point ne cherchaient-ils pas à mettre d’abord leurs compatriotes devant le fait accompli, sauf à leur faire accepter plus tard la solution qu’ils entrevoyaient déjà ? On peut se le demander, quand on voit que cette idée est défendue par W. Schulz, un Hessois de Darmstadt, originaire par conséquent d’un pays où l’on était alors francophile, ancien officier de la Confédération du Rhin en 1812, réfugié politique à Nancy en 1832, député à Francfort en 1848, et l’un des irréductibles qui se retireront à Stuttgart. Croit-il vraiment, comme il l’écrit, que la France défendrait volontiers l’Allemagne contre la réaction septentrionale et renoncerait à tout profit ? Ou bien ne faut-il pas prendre ses déclarations comme une demande d’intervention doucement suggérée, et W. Schulz, en fin de compte, ne se rallierait-il pas au programme d’un Heinrich Laube à la même date : Freiheit mit Mass, Einigung des deutschen Vaterlands, auch mit Opfern, ce qui se traduit ainsi : Liberté avec mesure, unité de la patrie allemande, même au prix de sacrifices ? Il est permis de le croire.

Notre abstention nous fit le plus grand tort. Notre défection, — pour rendre exactement la pensée publique, — suscita contre nous quelques rancunes et un peu de mépris, et la circulaire de Lamartine aux agens diplomatiques de la France à l’étranger causa dans les milieux libéraux une amère déception : « La guerre, disait ce document en date du 2 mars 1848, n’est pas le principe de la République française, comme elle en devint la fatale et glorieuse nécessité en 1792. La République française n’intentera la guerre à personne. Elle ne fera point de propagande sourde et incendiaire chez ses voisins. » Que cette décision ait été extrêmement sage et qu’elle ait épargné à la France un désastre en lui évitant une lutte contre l’Europe coalisée, voilà qui est l’évidence même, mais beaucoup de démocrates allemands ne voulurent pas s’en rendre compte.

La rive gauche du Rhin nous attendait et les faits parlent clairement. La députation qui se présente devant Frédéric-Guillaume IV, au début de mars 1848, le menace de sécession s’il n’accorde pas la constitution promise. A Cologne, nous dit K. Schurz, on chante la Marseillaise dans les rues et les