Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/310

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parfois que cette vertu privée n’est point de mise dans la politique et qu’on peut en même temps demeurer tendrement attaché à ceux qu’on élut ou qu’on rencontra comme amis, et garder, au plus durant le temps qu’ils sont heureux, les sermens qu’on a prêtés à des princes. On serait embarrassé de dire si Armande est demeurée attachée à « sa princesse. » Heureusement est-on dispensé de résoudre la question. Quand Mme Murat coiffa le bonnet de grande-duchesse de Berg, elle garda sa maison française, mais elle la perdit quand elle ceignit la couronne des Deux-Siciles. Armande libérée conserva en France, de son service, les honneurs de la Cour et l’entrée dans la salle du Trône. Et si elle avait le cœur français, elle dut se trouver libérée.

Et puis, elle pouvait dire qu’elle n’avait point sollicité un emploi dans la maison d’honneur de Caroline. On était venu au-devant d’elle, et son mari, en la rappelant de Milan, avait été chargé d’une commission expresse. On ne pouvait assurément mieux choisir et les femmes d’une certaine maturité, qui tenaient à la Révolution, dont les maris y avaient marqué et qui avaient de la tenue, de la politesse, l’usage du monde, n’étaient point si nombreuses qu’on dût négliger Mme Aubert-Dubayet, ambassadrice à la Porte. Il semblait donc que pour le moins, dans la maison qu’on formait à la princesse Caroline, la première place lui revint. Il n’en fut rien et, au moins par lettres, elle supporta galamment ce déboire. Mais elle avait vu les agrémens mondains et, comme écrit Saint-Cyr à la jeune Constance, « la situation de notre fortune et ton intérêt même ; » et pouvait-elle imaginer les rigueurs d’une étiquette qui n’était pas même codifiée et dont les prescriptions variaient selon les caprices ?

Pouvait-elle penser que la nouvelle princesse, avec ses vingt-deux ans tout juste, raffinerait sur les obligations imposées à sa maison, composée pour le moment d’une dame toute seule ? La princesse, qui tenait son monde si serré et qui exigeait une continuelle présence, ne se contentait pas du service officiel : elle entrait dans le détail de la vie de celles qui étaient attachées à sa personne et elle s’ingérait à les diriger et à les reprendre. On peut se former ici quelque idée de son despotisme, de même qu’on eût ignoré, sans la publication récente de la correspondance de Murat, l’étendue de son action et la quantité de ses protégés. Malgré qu’elle trouve à certains jours le joug pesant, Mme Saint-Cyr l’accepte pour les occasions qu’il lui fournit