Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/362

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C’était encore en quelque mesure imiter saint Louis, que de multiplier en terre islamique certaines variétés de clientèles, dont la France, en vertu des traités ou même seulement en vertu d’une pratique coutumière, ferait protéger les consciences et respecter la foi. Les Mirdites, tout comme les Maronites, allaient peu à peu devenir nos cliens, en vertu de l’usage ; et la Porte ne s’opposera jamais, — elle en assurera, sous la Restauration, le général Guilleminot, — à ce que nous plaidions auprès d’elle pour les diverses chrétientés ses sujettes.

Mais en ce qui regarde les chrétiens latins, nous demandons à la Porte des textes, et nous les obtenons ; de règne en règne, ils se font plus souples, plus amples et plus riches ; l’admirable édifice des Capitulations, patiemment construit, couvre peu à peu du pavillon de France tous les catholiques des nations occidentales, prêtres, fidèles ou pèlerins du christianisme latin sur les terres du Sultan. Ce n’est plus la méthode des Croisades, et ce n’en est plus l’allégresse fougueuse ; mais dans cet effort diplomatique, quelque chose de leurs intentions survit, et l’esprit de croisade n’est pas encore bien loin. Confrontons, pour nous en assurer, deux petits écrits de M. de Brèves, qui fut ambassadeur d’Henri IV auprès du Turc, et qui négocia la précieuse « Capitulation » de 1604.

L’un de ces écrits s’appelle : Discours abrégé des assurés moyens d’anéantir et ruiner la monarchie des princes ottomans. Le titre est éloquent. Vingt-deux ans durant, de Brèves a traité avec le Turc ; il rentre en France, et reprend le langage d’un croisé : « Si les princes chrétiens se voulaient résoudre à une union générale, affirme-t-il, dès la première année, ils bouleverseraient le Turc par mer et parterre. » Mais l’autre écrit s’appelle : Discours sur l’alliance qu’a le Roy avec le Grand Seigneur, et de futilité qu’elle apporte à la chrétienté ; et le même homme, qui tout à l’heure semblait suggérer à Louis XIII un rêve de croisade, énumère maintenant, en diplomate pacifique, tous les beaux cadeaux obtenus du Turc :


Pour donner quelque chose à notre amitié, écrit-il, le Grand Seigneur permet qu’il y ait six ou sept monastères dans la ville et faux-bourgs de Constantinople, lesquels sont remplis les uns de religieux cordeliers conventuels et observantins, les autres de jacobins et, depuis peu, les Pères Jésuites y ont établi leur collège, tellement que Dieu y est servi avec le même culte et presque pareille