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« Debout ! France, debout ! — Ouvre tes bras à sa cendre, — Car elle seule peut aujourd’hui t’apporter le salut… »

Les associations des anciens soldats de Napoléon se sont éteintes à mesure que disparaissaient les derniers survivans de la Grande Armée. Mais à Mayence, où se trouve le tombeau de Jean Bon Saint-André, l’ancien conventionnel et préfet du Mont-Tonnerre, décédé dans les derniers jours de 1813, s’élève encore le monument édifié par les vétérans de l’Empereur pour perpétuer leur mémoire et rappeler aux générations à venir des exploits dont ils étaient justement fiers. Les noms de ces morts glorieux, — nos morts, car personne ne peut les revendiquer, sinon nous-mêmes, — se lisent toujours dans la pierre ; et sur le large socle qui la supporte, comme un symbole et comme un cri de leur âme, surgit vers le ciel, brillant au soleil, un casque d’officier de dragons français du premier Empire. Le dernier de ces vieux soldats a cessé de vivre en 1883, mais pendant dix-sept années encore, les familles ont maintenu l’association sous prétexte de bienfaisance : elle n’a été dissoute qu’aux environs de 1900.

Il est donc certain que M. Holzhausen n’exagère nullement lorsqu’il fait en 1902 la constatation suivante : « Les sympathies françaises et spécialement napoléoniennes, dont la force, vers 1840, remplissait d’étonnement le Berlinois Gutzkow, ont duré dans les provinces rhénanes bien au-delà de 1870, et leurs restes sont encore visibles aujourd’hui pour un œil pénétrant. » J’ai connu moi-même quelques-uns de ces fidèles de la France, bonapartistes par tradition, dont les grands-pères avaient été nos obligés et qui entretenaient avec un soin jaloux des musées particuliers où ils recueillaient pieusement les souvenirs de notre domination. Ils savaient encore que telle route avait été construite par tel préfet, que Napoléon, remontant le Rhin en 1804, s’était arrêté dans telle bourgade. Ils avaient accepté l’empire bismarckien, mais ils ne reniaient point, le passé, et même ils avaient conscience que ce passé n’était pas tout à fait mort. « Wir sind mehr nach Frankreich wie nach Berlin orientiert. — Nous regardons du côté de la France plus que du côté de Berlin, » me dit une fois un médecin originaire du pays rhénan. Et un avocat me confia de même : « Wir sind ja halh Franzosen. — Nous sommes à demi Français. » Un Lorrain annexé avait dû faire en 1912 un long séjour à