Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/438

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région de Cambrai, amenés en automobiles vers Marcoing, entaillèrent vigoureusement le combat. On peut affirmer que si des circonstances diverses n’avaient retardé la marche de l’attaque, les Britanniques entraient dans la nuit à Cambrai. Bien plus, si des troupes d’exploitation avaient sur-le-champ élargi la trouée à droite et à gauche, un large secteur de la ligne Hindenburg, pris à revers, sautait du même coup. A vrai dire, et c’était la cause principale de l’arrêt, le matériel d’artillerie d’assaut employé était en nombre insuffisant et la brèche ouverte trop étroite. La leçon, n’en était pas moins évidente. L’artillerie lourde, instrument de la rupture, parce qu’elle nécessitait un immense travail d’équipement difficile à dissimuler et un pilonnement de plusieurs jours, non seulement supprimait la possibilité de la surprise, mais encore devenait le principal obstacle à la progression des troupes en défonçant le terrain. Les chars d’assaut supprimaient tous ces inconvénients. Un équipement spécial du front en vue de leur arrivée rapide à pied d’œuvre, pouvait mettre l’ennemi sous le coup d’une attaque dans les vingt-quatre heures en tous les points du front.

Ce n’était là assurément qu’un des facteurs de l’agression brusquée. Il restait à établir dans le détail la tactique des divers éléments qui prendraient part à l’opération et à régler la mise en place secrète du matériel nécessaire à l’exploitation de la rupture.


LA DÉFECTION RUSSE ET LE PROBLÈME DES EFFECTIFS

A ce stade précis, les Alliés ont clarifié définitivement le concept de la guerre. Le commandement, qui se débattait depuis trois ans dans la confusion des difficultés à résoudre, domine à présent la situation qui lui est faite sur le front occidental. Nous connaissons nos possibilités et nos limites. Mais le problème a changé encore une fois d’aspect. Loin de tirer parti de ces expériences, et de les mettre en pratique, nous sommes contraints de tout renvoyer à plus tard. La question des effectifs s’est posée à nous.

La décomposition russe, depuis la Révolution, n’avait cessé de s’accroître. L’Allemagne, jusqu’alors dans la position d’une place assiégée, voyait se desserrer peu à peu la menacée d’encerclement. Elle ne pouvait néanmoins se désintéresser de