Page:Revue des Deux Mondes - 1919 - tome 51.djvu/453

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il est vrai, de nombreux professeurs. Mais la réciprocité n’existe pas. Nous ne croyons pas qu’aucun professeur suisse enseigne dans une université française, tandis que, jusqu’en 1914, un grand nombre de chaires allemandes étaient occupées par des Suisses.

Lorsque les internés furent reçus dans nos universités, on s’avisa brusquement de toutes ces difficultés. Les rescapés des camps allemands avaient perdu trop de temps déjà. Les « semestres, » pendant lesquels ils allaient suivre l’enseignement des Facultés suisses, devaient à tout prix compter pour l’ensemble de leurs études. Il fallait organiser l’équivalence des étapes que l’étudiant doit parcourir. Les professeurs français et les professeurs suisses s’y appliquèrent en commun. Et ce faisant, ils voulurent faire participer à ces mesures nouvelles les étudiants suisses.

Cette dernière question, très complexe, n’est pas encore réglée. Mais elle touche à sa solution. La nécessité d’une pénétration réciproque de la jeunesse universitaire s’est imposée : il y aura désormais entre les universités françaises et les universités suisses des échanges, échanges de professeurs et d’étudiants, comme il y en aura sans doute avec l’Angleterre et l’Amérique. Un courant de vie plus intense les unira. Ils se connaîtront mieux et la compréhension mutuelle en sera augmentée.

Impressions de la vingtième année, enthousiasmes, amitiés ferventes, c’était à l’Allemagne que beaucoup de nos jeunes gens portaient jusqu’ici cette exubérance de leur jeunesse : impressions ineffaçables de cet âge où le jeune homme crée autour des êtres et des choses comme un halo splendide, où, il les voit et les aime à travers son propre rêve, où il leur prête toute l’ardeur qui émane de lui-même. Nous aimerions voir désormais nos étudiants suisses alémaniques, en particulier, suivre les cours des universités françaises. Et nous aimerions aussi que l’Université de Paris ne fût pas seule à les attirer avec celle de Strasbourg, où ils se retrouvent tout naturellement comme en famille. Nous voudrions les voir aussi à Grenoble, à Nancy, à Montpellier, à Bordeaux, à Lille, apprenant à connaître et à aimer la France autrement que dans les livres et à travers la littérature. Liés à elle par de belles amitiés juvéniles et une admiration pour ses maîtres, partagée avec leurs camarades français, ils rapporteront dans leurs montagnes et au bord de