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traitement de faveur. Elle n’en a pas moins à accomplir un effort financier dont nous avons indiqué l’importance. La fécondité de son sol, l’énergie de ses habitants l’aideront à triompher de ces difficultés. Elle est celui des pays alliés dont le relèvement sera le plus rapide. Elle compte que son budget régulier n’atteindra pas dans l’avenir beaucoup plus du double de ce qu’il était avant la guerre.

Les finances roumaines ont été saccagées par les Allemands, comme l’a été le pays lui-même. En dehors du budget de l’Etat, dans lequel ils ont fait apparaître un déficit d’environ 300 millions de lei pour la période d’occupation, ils avaient créé un budget, l’état-major économique (wirtschaftsstab), qui se soldait, pour 1917-18 par un déficit de 51 millions et pour 1918-19 par un déficit de 400 millions de lei. Le premier a été couvert par un prélèvement sur la contribution de guerre de 250 millions de lei ; le second devait l’être par un emprunt forcé de 400 millions. Les Allemands avaient d’ailleurs institué des taxes de toute espèce sur les chiens, sur les cheminées, sur la viande, une contribution personnelle de 10 lei par tête d’habitant, un impôt spécial sur la terre, des droits de patente s’élevant, dans certains districts, jusqu’à 1 million, une taxe sur la circulation. Ils les ont perçues à leur profit exclusif, si bien que le déficit roumain n’a fait que grossir au cours de la guerre. La Dette publique, une fois que les emprunts nécessaires auront été émis, sera bientôt hors de proportion avec ce qu’elle était en 1913, époque à laquelle elle ne dépassait pas 1 700 millions.

Un lourd fardeau légué au pays par la guerre est celui de la circulation fiduciaire, que les Allemands ont fait lancer par la Banque générale roumaine à Bucarest et qui a atteint 2 283 millions de lei ; celle circulation venait s’ajouter à celle de la Banque nationale, dont elle violait d’ailleurs le privilège d’émission. Elle a été accaparée par l’ennemi, qui s’en servait pour ses besoins ; il l’employait au paiement de la solde de ses troupes, en invitant celles-ci à renvoyer en Allemagne tous les billets de la Reichsbank (Banque impériale de Berlin) qu’ils détenaient. Il semblait prendre un plaisir pervers (schudenfreude) à détériorer, dans la plus large mesure possible, t l’instrument monétaire du pays occupé, de façon à rendre plus difficile encore le retour à la santé économique.

L’Angleterre est, de tous les pays alliés, celui dont le budget