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Cinquante ans de politique extérieure


Peut-être suis-je un peu suspect à prétendre parler d’un livre de M. Ch. Schefer[1] : une vieille et solide amitié m’unit à l’auteur ; d’autre part, les hasards de la vie m’ont rendu témoin de la plupart, acteur dans quelques-uns, des faits auxquels il vient de consacrer ses plus récents labeurs, puisqu’aussi bien j’ai vécu quinze années dans les coulisses ou sur la scène de la politique. Mon sentiment sur l’homme et son œuvre risqué donc, d’un double point de vue, de paraître partial, et sans doute eussé-je mieux fait de garder le silence. Cependant, nul ne pourra jamais rendre l’hommage dû à un pareil et si heureux effort de synthèse, de sérénité et de justice historiques, à un ouvrage d’une tenue si élevée, sinon ceux-là mêmes qui ont vécu presque toutes les heures dont on nous retrace ici l’enchaînement et qui, pour si peu que ce soit, ont pu contribuer à améliorer la route raboteuse, et pourtant magnifique, suivie par notre France de 1871 à 1918. Le devoir d’en agir ainsi m’est apparu assez impérieux pour dominer mes scrupules. C’est pourquoi je hasarde dans ces pages quelques observations, réflexions ou souvenirs à propos des événements qui ont préparé la Marne, Verdun, puis enfin la victoire.


I

C’était un lieu commun de dire, au lendemain du désastre de 1870, que les institutions républicaines seraient radicalement incapables de procurer à la France les deux instruments indispensables à la restauration de sa grandeur d’antan, à

  1. Ch. Schefer, D’une guerre à l’autre, Félix Alcan, éditeur, 1920.