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voici David. L’Ecclésiaste, en son cantique, prodigue les oracles ; il ouvre les horizons de l’avenir. Les révélations succèdent aux révélations, que le poète accueille…

Apocalypse large, ô gouffres johanniques,
Ouvrez-vous ; rayonnez pour lui, divin séjour ;
Anges, revêtez-le de vos blanches tuniques ;
Archanges, mitrez-le de splendeur et d’amour.

Vous lui ferez des traits brûlants et diaphanes.
Il entrera nimbé dans les temples : mais vous,
Si l’épouse l’attend dans vos profonds arcanes,
A travers Lui, Seigneur, vous resterez l’Époux…

Des abîmes naît peu à peu la lumière ; et elle éclaire tous les recoins de la réalité ancienne ou prochaine : elle va loin, jusqu’au fond du passé, jusqu’aux derniers jours futurs. Elle étend sa clarté depuis les commencements et leur plus terrible mystère jusqu’à l’extrémité du temps qui a rejoint l’éternité. Le poète a contemplé les siècles et appris comment se confondent la métaphysique et l’histoire, si la vérité est un fait que l’ignorance couvre et enveloppe d’énigmes indéchiffrables.

Et, plein du grand passé, plein des choses futures,
Entre ma calme lampe et tout le ciel qui luit,
Sans pouvoir détacher mes yeux des Écritures,
Je laisse avec lenteur se consommer la nuit.

Un vers de ce poème,

Promenez mon esprit dans les similitudes,

contient, si l’on y songe, le secret de cette poésie exactement religieuse et pourtant libre. Les similitudes sont l’un des éléments dogmatiques de la religion que M. Louis Le Cardonnel a donnée pour âme, et très vigilante, à sa poésie. L’Ancien Testament présente les figures et les types que le Nouveau Testament décèle ou traduit. Le monde est fait à la ressemblance de la pensée divine, l’homme à l’image de Dieu. Nos sentiments humains ont une signification divine. Cette religion d’images, et qui attribue la vérité aux images, garantit l’authenticité d’un symbole immense et affirme la réalité d’une poésie.


ANDRE BEAUNIER.