Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/158

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Puis nous entendîmes, sur le séjour de Descartes en Hollande, une brillante causerie, faite par un professeur de chez nous, populaire à Amsterdam, et pour cause. Songez que M. Gustave Cohen professait la littérature française à l’Université d’Amsterdam lorsque la guerre fut déclarée. Quelques mois plus tard, son auditoire voyait revenir, sur deux béquilles, le jeune professeur grièvement blessé à Vauquois. Aujourd’hui, le soldat de Vauquois monte à la chaire presque lestement, en s’appuyant seulement sur une canne : grand progrès dont tous se réjouissent. M. Cohen nous montre, en quelques traits pittoresques, Descartes merveilleusement caché à Amsterdam dans ce vaste désert d’hommes. « Au milieu d’une foule bariolée où les Arméniens, les Arabes et les nègres arrêtent à peine les regards, comment le gentilhomme français à la grande cape noire, à col et rabat blanc, ne passerait-il pas inaperçu ? » Et il nous conte comment fut découverte, tout récemment et sur son initiative, la maison où habita le philosophe. Dans une lettre datée d’Amsterdam « ce 15 may 1634, » Descartes mande au Père Mersenne qu’il est « logé chez M. Thomas Sergeant, in den Weslerkerck Straet où vous adresserés, s’il vous plaist, vos lettres. » Muni de cette indication, M. Cohen interrogea le savant archiviste, M. Breen, secrétaire de l’Amstelaedamum, qui, par le cadastre d’alors, ne tarda pas à établir que le « maître d’école française, » Thomas Sergeant, libraire à l’enseigne de Saint-Jacques, habitait dans la maison qui porte aujourd’hui le numéro G de Weslermarkt. Une charmante cérémonie s’y déroulera tout à l’heure.

Mais d’abord, il faut que le ministre de France exprime au gouvernement de la Reine les remerciements de la République. M. Charles Benoist le fait en termes d’une gravité émue. Puis, il s’amuse à évoquer le souvenir d’un ministre de France qui le fut au temps où Descartes vivait en Hollande, et dont la mission ne fut pas toujours aussi agréable que celle du ministre d’à présent. Ce lointain prédécesseur de M. Ch. Benoist, un M. de la Thuillerie, dut intervenir en faveur de Descartes pour qu’il lui fût fait raison. « Vous le lui devez, écrivait-il à Messieurs de Groningue ; vous le lui devez puisqu’il l’a tout entière, et que le public a intérêt de tenir son esprit libre, afin qu’avec, moins d’inquiétude il puisse travailler pour, lui. » Je n’étonnerai aucun des lecteurs de la Revue en leur disant que