Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/171

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de l’exploitation directe. Cependant une exception est faite en faveur des grandes entreprises agricoles « du type industriel supérieur ; » il sera permis à leurs propriétaires, en vue d’assurer la production des semences, l’élevage, etc. de conserver soit la totalité du domaine, soit la partie reconnue indispensable à cet effet. Avant de procéder au rachat forcé, on accordera au propriétaire un délai de trente jours, durait lesquels il pourra proposer à l’Etat une vente amiable. En cas de rachat forcé, il sera attribué au propriétaire une indemnité représentant la moitié du prix moyen d’achat dans la région où le bien est situé. Enfin le cheptel n’est pas soumis au rachat forcé, et les améliorations apportées et mises de fonds affectées à l’exploitation agricole peuvent donner lieu à compensation.

La division en catégories atténue, dans une certaine mesure, le caractère radical de la réforme : car l’Etat ne procédera à l’expropriation ou au rachat forcé des biens d’une catégorie, qu’après avoir épuisé ceux de toutes les catégories précédentes. Il est permis de supposer qu’il n’ira point jusqu’au bout des ressources que la loi met à sa disposition, ou tout au moins qu’il y emploiera quelque temps. Ces délais constituent pour la production une sauvegarde précieuse : seront-ils une sauvegarde suffisante ? l’avenir nous l’apprendra. On peut dire de cette loi, comme de beaucoup d’autres, qu’elle sera plus ou moins utile ou nuisible selon la manière dont on l’appliquera.


LA POLITIQUE SOCIALE DU GOUVERNEMENT

Nous avons encore quelque peine à comprendre les difficultés que les États nouvellement créés ou ressuscites éprouvent, à résoudre d’un seul coup et dans un minimum de temps des problèmes qui, en France, en Angleterre, en Allemagne, furent étudiés longuement et progressivement résolus. La Tchéco-Slovaquie et la Pologne, pour ne prendre que ces deux exemples, n’ont pas le temps de s’arrêter à des essais, à des expériences préparatoires : il leur faut prendre les questions au point où les a conduites, en Occident, une lente et prudente évolution ; parfois même, leurs hommes d’Etat, pour répondre aux exigences d’une minorité éprise de progrès et un peu aventureuse, se voient contraints de prendre les devants sur l’évolution occidentale. Plutôt que d’imiter, on veut faire mieux, pour arriver