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moqués du monde. Pas du tout !… Mais vous ne lisez donc jamais les Esbats poétiques de Jacques de Fonteny, poète boiteux, l’un des derniers Confrères de la Passion, qui, en outre, fit des émaux à la manière et à l’imitation de Bernard Palissy ? L’un des sonnets de Fonteny est adressé à Mme de Sourdis :

Bien que Ronsard, le premier de la France,
Ait émaillé des fleurs de ta vertu
Son beau Printemps qui en est revêtu…

Rappelez-vous l’Élégie du Printemps, à la sœur d’Astrée…

Taisant ton nom ou tout ce qui est beau,
Disant le nom d’une unique Isabeau…

La sœur d’Astrée, dont le Printemps est jaloux, s’appelle Isabeau. Et elle est donc Mme de Sourdis. Conséquemment, l’Astrée de Ronsard est sœur d’une Mme de Sourdis. Fonteny ajoute :

C’est de ce tout dire le plus beau tout
Lorsqu’on louange une rare Babout
Où tout le ciel ses déités assemble.

Voilà le galimatias de Fonteny, et votre excuse de ne pas lire assidûment ce poète. Son galimatias pourtant est précieux. La sœur d’Astrée ne s’appelait point Isabeau d’Estrées, mais bien Isabeau Babou de la Bourdaisière ; elle épousa François d’Escoubleau de Sourdis, marquis d’Alluye. Et elle avait une sœur, Françoise Babou de la Bourdaisière, qui épousa Antoine d’Estrées, marquis de Cœuvres. Voilà certainement l’Astrée de Ronsard. Elle n’était pas de la famille d’Estrées par sa naissance, mais par son mariage. Et elle n’était point une sœur aînée ou cadette de la charmante Gabrielle, mais bien sa mère.

Les Babou de la Bourdaisière, Tourangeaux, avaient débuté par être riches, soit qu’un Babou, et qui n’était encore que Babou, eût épousé une veuve rendue opulente par la trouvaille d’un trésor ou qu’il eût été commis de Jacques Cœur. Puis un Babou épousa une belle Marie Gaudin, dame de la Bourdaisière, qui fut complaisante à François Ier. Désormais, les Babou de la Bourdaisière donneront à la France des personnages éminents, un grand maître de l’artillerie, un prélat qui sut réunir la diplomatie et la piété. Jean Babou épousa Françoise Robertet. Il en eut quatre fils et sept filles parmi lesquelles Françoise et Isabeau furent Mmes d’Estrées et de Sourdis. Les sept demoiselles Babou de la Bourdaisière, Saint-Simon dit qu’on les