Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/220

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Egypte, en Irlande, et chez les ouvriers d’Angleterre. Tant qu’il est au pouvoir, il est pour nous l’interprète de l’Empire britannique et ce serait, à la fois, maladresse et inconvenance que de mêler à la légitime défense des réclamations françaises des appréciations irritées et des personnalités désobligeantes. Bridons nos nerfs et restons de sang-froid.

Nous n’aurons pas trop de toute notre « self-possession » pour retrouver, nous et nos Alliés, les grandes routes dont les divers traités de paix avaient, tant bien que mal, établi les chaussées et dont nous nous sommes si imprudemment écartés. Empressons-nous, du moins, les uns et les autres, de saisir les occasions de réparer nos fautes. Les élections autrichiennes nous en fournissent une qui peut être assez favorable à l’exécution du traité de Saint-Germain. Le scrutin du 18 octobre ne constitue pas seulement, dans l’ensemble, une victoire des éléments modérés sur les extrémistes. Il est, en même temps, pour le pangermanisme, un échec très significatif. L’Allemagne s’était, à la veille des élections, livrée à une ardente propagande dans toute l’Autriche. Elle avait eu recours aux moyens les plus variés pour faire nommer en masse des partisans du rattachement et le vote qu’avait émis l’Assemblée sortante avait naturellement été très exploité dans la campagne électorale. Les pangermanistes allaient répétant qu’aussitôt incorporée à l’Allemagne, l’Autriche échapperait à la misère présente ; ils montraient du pain aux affamés et cherchaient à les attirer. Il est remarquable que l’Autriche ait su résister à ces manœuvres et à ces tentations. Si elle est maintenant assez raisonnable pour ne pas persévérer dans la voie où s’était témérairement engagée l’Assemblée précédente et pour réaliser les économies qui s’imposent dans le budget de l’État, les Alliés devront se mettre d’accord pour essayer de la tirer d’embarras. Elle demande à vivre. Comme je l’ai indiqué l’autre jour, elle a, dans son territoire restreint, des richesses qui la peuvent rassurer sur son avenir. Mais, pour le moment, elle est malheureuse et naturellement disposée à se tourner vers ceux qui l’aideront. Prenons donc le traité de Saint-Germain tel qu’il est ; efforçons-nous de le mettre en vigueur. La section d’Autriche de la Commission des réparations n’est pas restée inactive. Elle a dressé tout un plan destiné à préparer la renaissance industrielle et financière de l’Autriche. Ce programme répond aux vœux qui avaient été exprimés dans les deux Chambres françaises par les rapporteurs du traité, M. Margaine et le regretté M. Imbart de la Tour. C’est aux gouvernements alliés qu’il appartient maintenant de prendre les mesures