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question du charbon, qui est résolue, le 16, par une promesse d’avances à l’Allemagne. On se sépare sans avoir eu le temps de parler des réparations; mais les Allemands ont remis aux Alliés trois notes où ils n’offrent aucun chiffre et où ils posent en principe que, contrairement au traité, le montant de leur dette devra être déterminé d’après leurs capacités économiques et financières d’aujourd’hui. La conférence se termine par un discours de M. Delacroix, que les Hamburger Nachrichten ont récemment résumé en ces termes : « M. Delacroix, président de la Conférence, a, dans son discours de clôture, proposé au nom de l’Entente pillarde (Raubverband) la réunion à Genève d’une commission interalliée qui procéderait à un échange d’observations avec les représentants allemands. La France n’a pas protesté ; par conséquent, elle a accepté. » De retour à Londres, M. Lloyd George lui-même s’expliquait devant la Chambre des Communes, rendait à la bonne volonté allemande un hommage indulgent, et ajoutait: « Il a été décidé de nommer une petite Commission spéciale d’experts (a small spécial committee of experts) pour discuter le document avec les Allemands, en élucider les propositions, en examiner les détails et en préciser la portée réelle. Cela sera fait dans le cours des deux ou trois semaines prochaines. » Ainsi, avant le 15 août, dans la pensée du Premier ministre anglais, la Commission des réparations devait être dessaisie et, toujours contrairement au traité, la discussion devait s’engager avec les Allemands.

Lorsque M. Lloyd George annonçait cette nouvelle aux Communes, il était certainement de bonne foi et considérait évidemment que l’entente s’était établie sur tous ces points entre les Alliés. Le communiqué officiel du 16 n’allait pas, il est vrai, tout à fait aussi loin. Il portait seulement : « M. Delacroix a terminé en proposant que l’on renvoyât l’examen des mémoires allemands sur les réparations à une Commission de deux délégués de chaque Puissance, qui se réunirait à Genève dans quelques semaines. » Il n’était pas formellement dit que cette proposition de M. Delacroix eût été adoptée et, lorsque la discussion s’est engagée dans les Chambres françaises sur les accords de Spa, elles ont pu croire et elles ont cru que la conférence de Genève était un simple projet et que le gouvernement ne se trouvait pas lié. Les réponses faites par les ministres aux divers orateurs, et notamment à M. Barthou et à M. Ribot, n’ont pu que confirmer sénateurs et députés dans cette croyance et, comme, d’ailleurs, les « quelques semaines » du communiqué, et les « two or three weeks » de M. Lloyd George s’étaient écoulées sans que fût nommé le Comité d’experts, nous commencions tous à nous bercer