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cette classe de façon à l’augmenter à bref délai démesurément, apportant ainsi un trouble profond dans le pays, se traduisant par un redoublement de misère partout, et du reste dépassant les ressources de l’État d’une manière absolument incalculable à l’avance.

Enfin le troisième socialisme, pour Thiers, « n’est rien » et « n’a rien. » Il consiste à croire « qu’il y a quelque chose à faire » et à proposer de faire quelque chose, mais on ne sait pas et il ne sait pas quoi. Il est une manière de philanthropie vague, très dangereuse, parce que sans avoir rien à proposer, elle fait bonne figure à ceux qui proposent des choses désastreuses. Il est généreux, mais un attendrissement n’est pas un système économique.

Thiers ne tarit pas sur ce troisième socialisme « innocent, » qui, hors des conseils de l’Etal, « promet beaucoup, » à la Chambre « annonce qu’il ne ferait presque rien » et ne saurait jamais être que « l’instrument des autres. » Il le poursuit avec plus d’âpreté que quelque doctrine que ce soit, précisément parce qu’il n’est pas une doctrine : « Ce troisième socialisme, le seul que vous avouiez (il parle à l’Assemblée législative, 24 mai 1850), il n’a rien. Je l’ai mis bien des fois au défi d’apporter quelque chose. J’ai vécu avec lui ; dans les commissions, nous avons tous vécu avec lui ; je l’ai beaucoup questionné ; ou il est contraint d’avouer les doctrines dont je viens de parler… ou il est réduit, à quoi ? à rien… Il est cela [ce qu’il refuse d’être] ou il n’est rien. »

On peut en effet, à la rigueur, ramener les différents socialismes aux trois genres essentiels que Thiers énumère et définit ainsi, et l’on peut, comme lui, trouver les deux premiers ou impraticables ou tellement difficiles même à essayer que la nation qui entrerait dans cette voie, en l’état actuel du monde, y risquerait son existence ; mais il n’est pas juste, ni même politique de dire que le troisième n’est rien. Il n’est pas un socialisme, voilà tout. Il faut très nettement lui refuser cette appellation, crainte de confusion où d’entraînement. Mais il n’est pas nécessaire d’être un socialisme pour être quelque chose, ni forcé, parce qu’on n’est pas un socialisme, qu’on ne soit rien. Ce rien, ce n’est pas autre chose que la charité sociale, laquelle est de bon sens, est nécessaire et a toujours existé.

La. charité privée est une véritable sottise, la charité