Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/309

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associationnelle est bonne, et la charité sociale est la meilleure. La charité privée s’exerce dans une telle ignorance, dans une telle absence de toute enquête, dans un tel aveuglement, qu’elle est, on peut dire toujours, une duperie, et n’a aucun bon effet social, plutôt au contraire. Il faut la pratiquer seulement pour cultiver et développer en soi l’instinct altruiste toujours très prompt à s’affaiblir, pour ne pas s’endurcir, pour ne pas s’incliner à la barbarie ; la charité privée est un devoir envers soi-même ; mais elle n’a que ce seul mérite.

La charité associationnelle est assez bonne. Elle suppose enquête, organisation, proportion entre les ressources et le bien à faire, adaptation des moyens au but, yeux ouverts ; elle est une chose qui a le sens commun. Mais elle est trop souvent, elle est presque fatalement, œuvre de parti. A ce titre elle ne vaut guère mieux que la charité privée. Si, comme œuvre organisée, elle est au-dessus de la charité privée, comme œuvre de parti elle tombe au-dessous ; car l’homme isolé fait assez volontiers du bien à un homme qui n’est pas de son parti, l’homme associé jamais. La charité associationnelle, tout compte fait, est donc très certainement supérieure à la charité privée ; mais, elle est encore très défectueuse.

Il n’y a de vraiment bon que la charité sociale, éclairée autant qu’il est possible de l’être, renseignée de toutes parts, organisée de toutes pièces et pouvant porter ses yeux et ses mains partout. Il est bien vrai que l’Etat aussi est un parti, et que sa charité aura un peu le défaut de la charité associationnelle. Nous le savons, et cette objection que l’Etat est un parti, nous la rencontrons toujours, malheureusement, et indéniable, toutes les fois qu’il s’agit de l’Etat. Nous y répondons toujours que l’Etat, au moins, est un peu moins un parti que les autres partis ne le sont. La charité de l’Etat est nécessaire. Les misères d’un certain caractère, les misères obscures, les misères dignes, surtout les misères permanentes échappent à peu près aux yeux des autres charités, et c’est à l’Etat de les voir. Du reste, ce n’est pas l’office propre du citoyen, isolé ou associé, d’exercer la charité ; c’est son divertissement pieux et généreux, si vous voulez, ce n’est pas son office. Son office est de travailler et de produire de toutes ses forces pour augmenter le domaine commun, pour augmenter la partie disponible de richesses sur laquelle on viendra prendre pour aider les infortunés. C’est sa vraie manière