Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/317

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met plusieurs jours à parvenir de Paris à Bordeaux, à l’heure où un événement comme le 10 août est connu en province, il est acquis, avec toutes ses conséquences ; il n’y a plus à y revenir ; il est historique ; il ne peut plus être qu’un sujet de conversations. L’action réciproque de Paris sur la province et de la province sur Paris n’existe qu’à la condition d’une rapidité extrême et comme instantanée de rapports. L’importance et l’omnipotence politique de Paris en temps troublés à beaucoup diminué depuis les chemins de fer et le télégraphe. La France peut maintenant se ressaisir et s’entendre et faire connaître son sentiment avant que les événements de Paris soient devenus définitifs, et, d’autre part, Paris ne se sent plus aussi libre de ses actions et maître par son isolement même. Il y a cohésion plus grande et rapports plus intimes de vie commune. La centralisation télégraphique diminue, au lieu de l’accroître, la centralisation politique. Mais à cette époque où la circulation des correspondances est très lente, où le télégraphe aérien, quoique à peu près aussi rapide que l’électrique, est à peine installé et ne sert qu’aux communications de quelques armées avec le gouvernement, l’histoire arrive toute faite et déjà, refroidie de Paris aux départements, d’où il résulte que c’est Paris seul qui la fait. Il n’y a donc que peu de reproches à adresser à l’historien qui concentre à Paris toute son attention.

Il y aurait une autre observation à faire sur certain défaut de l’Histoire de la Révolution ; mais elle viendra plus en son lieu à propos de l’Histoire de l’Empire. Telle qu’elle est, l’Histoire de la Révolution est d’un homme qui s’annonçait comme un des plus « intelligents » qui dussent être dans le siècle.

L’Histoire de l’Empire a un autre caractère. Elle est d’un homme qui a passé par le maniement des affaires et qui y a pris un intérêt passionné. Colbert, je crois, disait : « Je suis un bon commis. » Thiers est le grand commis par excellence. Il aime l’administration de tout son cœur. Le détail l’enchante. Son peu de goût pour les idées générales et son grand goût pour l’idée d’ensemble, appuyée sur une statistique solide, se retrouvent ici. Thiers fait de l’administration comme le médecin fait de l’anatomie, avec un transport et comme un enivrement d’exactitude. Compter les articulations et les libres d’un peuple ou d’une armée sont pour lui le plus grand et le