Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/359

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rêvant du Christ et du monde réconciliés, lui aussi soulevé bien au-dessus de la terre par l’élan d’une pensée qui tout naturellement monte en haut.

Camille Jordan avait développé son programme d’apaisement. Il fallait préciser quelles libertés pratiques ce programme comportait. La liberté du culte impliquait la liberté des opinions religieuses : donc plus de serment. Parlant de la promesse prescrite par les lois du 11 prairial et du 7 vendémiaire, le rapporteur approuvait, loin de les blâmer, ceux qui s’y étaient soumis ; car il était un modéré, non un intransigeant. Mais il ajoutait aussitôt : Cette promesse, on ne pont l’exiger : le prêtre n’est plus reconnu par l’Etat, n’est pas salarié par lui, ne jouit d’aucun privilège ; dès lors, comment lui imposer un engagement dont sont exempts les autres citoyens ? — Camille Jordan continuait : Il est de la nature des religions d’avoir leurs ministres, leurs assemblées, leurs instructions, leurs cérémonies, leurs observances, leurs fêtes : de là, pour les fidèles de chaque communion, la faculté de choisir leurs prêtres, de louer et d’acheter des temples, de s’y réunir, de pratiquer leur culte dans les hôpitaux militaires, les hospices civils, les maisons de détention, d’entretenir, sauf certains règlements de police, des oratoires domestiques, de choisir à leur gré le jour de leurs cérémonies et de marquer ce jour-là par la suspension de tout travail. — Venant au culte des morts, le rapporteur ne demandait point qu’on restaurât l’antique coutume des cortèges funèbres. Mais il souhaitait que, dans les cimetières, les fidèles pussent accomplir en paix leurs rites. — Quel serait le mode de convocation, pour les cérémonies religieuses ? Quiconque se piquait de philosophie mettait à proscrire les cloches autant de zèle que les paysans à les revendiquer ; et l’entêtement déployé des deux parts avait envenimé jusqu’à la passion ce débat un peu mesquin. Soucieux tout ensemble de contenter les paysans et de ne pas compromettre son projet, Camille Jordan avait déployé en cette partie de sa tâche toutes les ressources de sa jeune dextérité. Il convenait que la commission avait longuement hésité. Puis, doucement, il plaidait la cause des cloches qui étaient un moyen commode de convocation bien plus qu’elles ne marquaient un privilège ou une prépondérance. Sans doute elles avaient sonné jadis, notamment en Vendée, pour appeler à l’émeute. Mais était-il opportun de s’obstiner en ces