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loin par ses deux complices, se refusa à plier sous l’échec et, à peine sorti de conspiration, recommença de conspirer.

Pour combattre les Conseils, deux éléments s’offraient : l’élément jacobin, l’élément militaire.

Les jacobins, ennemis hier, alliés aujourd’hui, pouvaient demain redevenir ennemis ; car on ne renonçait pas, le coup de force accompli, à établir un ordre, tout de surface, qui permit de jouir en paix. Il convenait donc de les employer, mais pas trop, et en retenant les rênes qu’on laisserait flotter.

L’armée, à la condition que les chefs fussent solidement acquis, présentait de bien autres avantages. La perfection serait atteinte si des militaires se rencontraient, à la fois pénétrés de discipline comme il convenait à des soldat », et saturés de maximes révolutionnaires à la manière des jacobins.

Or, dans les armées de la République, sauf dans l’armée du Rhin, ce jacobinisme militaire s’était implanté. Cet état d’esprit mérite d’être décrit, d’autant plus que, sous un autre régime, il deviendra l’un des grands obstacles à la paix religieuse.

La tendance était ancienne. Une longue accumulation de paroles violentes et de spectacles corrupteurs l’avait créée et affermie. Quand jadis, encore mal débarrassés des influences familiales, les soldats de la République étaient partis pour la frontière, des proclamations emphatiques leur avaient fixé leur mission qui était d’« affranchir les peuples esclaves, » « d’abattre l’hydre à deux têtes de la royauté et du sacerdoce. » Ils avaient écouté, d’abord sans bien comprendre ou même avec une vague révolte de leur bon sens natif. Tant de fois, les mêmes invectives s’étaient répétées qu’ils avaient fini par s’en imbiber. Maintenant ils comprennent, et même ils comprennent trop. On leur a dit qu’il fallait fonder un monde nouveau. Quoi de plus patriotique que d’anéantir d’abord l’ancien ? Et voici que de leur cerveau tout embroussaillé, une idée se dégage, à savoir que plus ils briseront, plus ils seront rénovateurs. Donc, en Belgique, en Italie, partout, ils brisent, par goût de grands enfants qui aiment à démolir, et aussi pour montrer qu’ils sont gens de progrès. Les chefs, soldats de la veille, — tant la guerre a précipité les promotions ! — encouragent plutôt qu’ils ne contiennent. Il y a des dévastations de choix, celle des églises, des couvents, des monastères : les soldats écaillent les fresques