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d’Artois et de Lorraine : si nous en croyons un document digne de foi, les filles de Saint-Vincent de Paul ont eu cet été de 1797 deux cents maisons rouvertes. La prière expiatrice n’a jamais cessé ; mais ce sont le plus souvent des voix isolées qui l’ont fait monter vers le ciel. Voici qu’elle reprend en de petites communautés très pauvres où se pratiquent tous les exercices de la plus austère pénitence. En ce temps-là même, une Carmélite, Mme de Soyécourt, négocie pour le rachat d’une portion du couvent des Carmes. Outre la piété, un touchant souvenir filial l’inspire : c’est en ces lieux que son père a été emprisonné ; c’est de là que, le 5 thermidor an II, il est parti pour l’échafaud. Le contrat d’achat sera signé le 18 fructidor.

Pour la reprise du culte, le plus grand embarras a été jusqu’ici le petit nombre de prêtres. Maintenant diverses causes concourent pour diminuer cette pénurie.

D’abord le clergé fidèle s’accroît par les rétractations des ecclésiastiques assermentés. Ces rétractations sont très nombreuses en certains départements, notamment dans l’Yonne et surtout dans l’Hérault. En quelques villes, à Chartres par exemple et à Nancy, un bureau, dit bureau de réconciliation, est créé pour recevoir en secret les rétractations. Il en est de même en Maine-et-Loire, et, dans un rapport de police du 28 juillet 1797, nous lisons ces lignes : « Les ministres du culte vont à Angers devant un soi-disant grand vicaire pour y expier leur premier serment. »

L’entière libération des reclus rend en outre disponibles des ecclésiastiques qui, malgré leur âge, peuvent fournir un concours utile pour le service des autels. Mais la grande ressource pour le culte, c’est l’afflux des prêtres bannis qui, à leurs risques et périls, franchissent la frontière. A la première nouvelle des élections, plusieurs d’entre eux sont revenus. Le rapport de Camille Jordan, les débats des Cinq-Cents ont surexcité les espérances. Ne possédant que des notions incomplètes, les pauvres exilés se persuadent qu’il n’y a plus rien à craindre. Il leur reste un petit pécule. La saison d’été est favorable : ils voyageront en charrette et, s’il le faut, à pied. Et maintenant ils débouchent d’Italie, de Suisse, d’Allemagne, reparaissent en Provence, en Franche-Comté, en Alsace, en Lorraine. D’autres, déportés en Espagne, s’embarquent au port de Santander pour aborder sur une des plages de Vendée. « Les déportés rentrent