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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Il est bon que, de temps en temps, un grand peuple puisse s’arrêter une minute sur son chemin pour se recueillir et mesurer du regard les distances parcourues. Le 11 novembre, la France a célébré, tout à la fois, le deuxième anniversaire de l’armistice et le cinquantenaire de la République. Dans la belle cérémonie du Panthéon, M. Millerand a précisé, avec une grave éloquence, la haute signification de ces fêtes commémoratives. Elles n’ont pas eu seulement pour objet de glorifier nos soldats et de marquer le sens de notre victoire ; elles nous ont permis de méditer sur l’œuvre accomplie, en un demi-siècle, par notre pays et de tirer du passé quelques leçons pour l’avenir. Si les pouvoirs publics ont voulu associer intimement à cette solennité le souvenir de Gambetta, c’est pour personnifier en un citoyen qui, aux jours sombres de la défaite, n’a point désespéré de la patrie, l’âme d’une nation qui défend sa liberté et n’entend point subir le joug de l’étranger.

La guerre de 1870 avait laissé la France épuisée, mutilée et dangereusement isolée en Europe. La République, acceptée, à sa naissance, plutôt comme le gouvernement qui nous divisait le moins que comme la forme constitutionnelle réclamée par l’opinion, avait tout à faire pour gagner les esprits et pour établir définitivement son autorité. Ceux des Français qui aujourd’hui, au lendemain d’événements qui compteront parmi les plus grands de notre histoire, hésitent devant l’énormité de la tâche qui sollicite encore leur activité, ne se représentent, sans doute, que fort imparfaitement l’effroyable désarroi dans lequel se sont trouvées, après le traité de Francfort, les consciences de leurs aînés. Les partis se disputaient, avec une passion mal contenue, la direction du pays déchiré ; la suite presque ininterrompue de nos revers, le désastre de Sedan, la livraison de Metz, la capitulation de Paris, apparaissaient comme les signes [1]

  1. Copyright by Raymond Poincaré, 1920.