Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/499

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


deux tout seuls ? Ce n’est pas un arrangement qu’on a fait pour vous ?

Archer la regarda avec stupeur :

— Avez-vous oublié, dit-il, qu’en Amérique nous arrangeons nos mariages nous-mêmes ?

Elle rougit violemment et Newland regretta ses paroles.

— Oui, répondit-elle, j’avais oublié. Il faut m’excuser. Je ne me rappelle pas toujours que les mariages, si affreux là d’où je viens, sont beaux et purs ici.

Ses yeux s’abaissèrent sur son éventail en plumes d’aigle, et Newland vit trembler ses lèvres.

— Pardonnez-moi ! dit-il impétueusement ; mais, ici, vous êtes au milieu d’amis, vous le savez.

— Oui, je le sais, je le sens, partout où je vais. C’est pourquoi je suis revenue. Je veux tout oublier, redevenir une parfaite Américaine, comme les Mingott, les Welland, vous et votre charmante mère… et toutes ces personnes si aimables qui sont ici ce soir. Ah ! voilà May qui arrive. Vous devez être pressé d’aller la rejoindre, ajouta-t-elle, mais sans bouger, les yeux de nouveau fixés sur le jeune homme.

Les invités de la soirée commençaient à remplir les salons. Archer suivit le regard de la comtesse Olenska : il vit May qui entrait avec sa mère. Grande, élancée, dans sa robe blanche ceinturée d’argent, avec ses cheveux couronnés de fleurs d’argent, c’était Diane en personne.

— J’ai tant de rivaux, dit Archer. Voyez comme elle est déjà entourée ! Voilà le duc qui se fait présenter.

— Restez encore un peu avec moi, dit la comtesse Olenska à voix basse, et de son éventail elle effleura le genou du jeune homme. Ce n’était qu’un léger frôlement, mais qui le fit tressaillir.

— Vous permettez que je reste ? répondit-il sur le même ton, sachant à peine ce qu’il disait.

Mais le maître de la maison s’avançait, suivi du vieux Mr Urban Dagonet. La comtesse les accueillit avec un sourire grave, et Archer, sous le regard de M. van der Luyden, se leva

Mme Olenska lui tendit la main :

— C’est entendu. Demain, après cinq heures. Je vous attendrai, dit-elle ; puis, elle fit place à Mr Dagonet auprès d’elle.